Aumôniers de prisons en 1949

La lecture du fascicule édité par le Secours Catholique à la suite des journées d’études des aumôniers de prisons et du secours catholique organisées à la Rochelle les 9, 10 et 11 juin 1949 est particulièrement intéressante.

L’Association Nationale des Visiteurs de Prison est laïque depuis un quart de siècle. Mais elle naquit en 1931 comme « Œuvre de la Visite des Détenus dans les Prisons », dans le sillage des Conférences Saint Vincent de Paul.

Les rencontres de juin 1949 s’adressaient aux aumôniers de prison, aux assistantes sociales de prison, aux œuvres de relèvement (centres d’accueil, homes de semi-libertés, comités post-pénaux) et aux visiteurs de prison. Les visiteurs sont ainsi décrits : « ces hommes dont l’existence se déroule dans un cadre normal et qui choisissent de vivre leurs heures de loisirs, et parfois leur temps d’indispensable repos, derrière ces portes de prison dont les gens honnêtes s’écartent avec crainte, quand ce n’est pas avec dégoût. »

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Mgr Liagre, évêque de La Rochelle, accueillit les congressistes par des paroles qui semblent encore actuelles : « votre travail dans les prisons est admirable. Votre travail pour adapter le prisonnier sortant à retrouver la société est opportun. Mais tout ceci est inefficace si on ne prépare point la société elle-même à accueillir le prisonnier libéré. »

Le P. Duben présenta l’aumônier de prison comme un médecin des âmes. « Notre caractéristique c’est d’être les spécialistes de la misère morale, du désespoir, de la honte, du mensonge. » Il s’efforce de comprendre « toutes les angoisses de nos détenus. Celles qui viennent de leur détresse d’aujourd’hui et de la détresse prévue pour demain. Celles qui leur viennent de leur abjection aux yeux des hommes et de leur abjection à leurs propres yeux (plus fréquente qu’on ne croit… trop fréquente même lorsqu’elle engendre, non l’énergique résolution mais le désespoir mortel). » Son objectif, c’est « d’aider à la montée de la lumière de vérité en eux ».

Le thème de la vérité et du mensonge est récurrent au long de ces journées d’étude. « Le mensonge est fréquent en prison. Il est même généralisé au point qu’on pourrait dire que les prisons constituent un milieu faux (…) coupé du monde, de la vie normale, l’imagination et la sensibilité travaillent sans contrôle, les détenus voient les événements, passés ou actuels, tels qu’ils les imaginent », dit le RP Lebigue, aumônier de la prison de Loos.

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« Dans l’austère vision de ces maisons lugubres, j’ai vu le souriant et incessant dévouement de ces hommes et de ces femmes qui ont entendu la plainte du Christ identifié aux prisonniers », dit le RP Mouren, Saint-Sulpicien, adjoint à l’aumônier général des prisons. Une partie des contributions aux journées souligne en effet la coïncidence troublante entre l’image du Christ et l’expérience judiciaire : Jésus arrêté, jugé et condamné à la torture et à la mort ; Jésus refusant de juger la femme adultère.

On est frappé par l’actualité de ces réflexions. Un article toutefois semble en décalage avec la mentalité d’aujourd’hui. Le RP Guilluy, dominicain, aumônier de la maison d’arrêt de Rouen, s’interroge sur « le vrai dans la vie sacramentelle des détenus ». Il voit dans le sacrement de Pénitence « le plus lourd de nos problèmes. Car c’est vraiment le sacrement du prisonnier. » Et de s’exclamer un peu plus loin : « que dire des irrégularités, surtout matrimoniales ! »

Beaucoup de visiteurs de prison d’aujourd’hui sont étrangers à ces références religieuses : « sacrement, pénitence, irrégularités… » Ils n’imaginent même pas que l’ANVP, laïque aujourd’hui, ait pu être conçu dans cette matrice culturelle. Il reste qu’ils n’ont pas à rougir de leurs lointains prédécesseurs, dont l’humanisme, la profondeur de vue spirituelle et la compréhension du contexte social de la détention ont permis, en leur temps, de faire évoluer l’institution carcérale.