Les Merveilles

« Les Merveilles », film de la réalisatrice italienne Alice Rohrwacher, a été distingué par le grand prix du Jury au dernier festival de Cannes.

 Rescapés – provisoirement – du mouvement utopiste de retour à la terre, Wolfgang (Sam Lowyck), sa femme italienne, leurs quatre filles et une « Coco » dont on ne sait comment elle a atterri là vivent dans une ferme à demi en ruines d’Ombrie de la production de miel. Comme ils ont des retards de loyers et que leurs installations ne sont pas aux normes, ils sont menacés d’expulsion.

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Ce qui les menace aussi, c’est l’épandage de désherbant par leurs voisins, qui tue les abeilles.

 Ce qui les menace enfin, c’est le temps qui passe. Leur fille aînée Gelsomina (un hommage à La Strada) est maintenant adolescente. Elle rêve de participer à l’émission « le pays des merveilles », dans laquelle des paysans déguisés en Étrusques dans une grotte éclairée à la torche vanteront la qualité de leurs produits antiques et naturels. La star de cette émission d’une ahurissante stupidité, Milly Catena (Monica Bellucci), fait rêver la jeune fille d’un autre monde que ce phalanstère familial sans avenir.

 Un jeune délinquant est placé dans cette famille atypique pour lui éviter la prison pour mineurs. Il ne parle pas, mais possède un don étonnant pour siffler. Gelsomina (Maria Alexandra Lungu) et Martin réalisent devant les caméras de « le pays des merveilles » un duo étonnant où au sifflet du garçon répondent les abeilles sorties de la bouche de la fille, errant sur son visage.

 Le pays où évoluent Gelsomina, Luna, Caterina, Marinella et Coco pouvait sembler aux théoriciens du « retour à la terre » des années quatre-vingts comme un idéal à atteindre. Mais l’antiquité de pacotille de la télévision a peut-être plus d’avenir. Du moins reste-t-il chez les héros du film des moments d’intense poésie et des instants d’inoubliable incongruité, comme lorsque Wolfgang offre à Gelsomina un authentique chameau d’Asie.

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