Orange is the new black

« Orange is the new black » est une série à succès de la chaîne Netflix. Elle raconte le séjour d’une jeune femme dans un pénitencier américain.

J’évite habituellement de regarder des séries, soucieux que je suis de ne pas me laisser enchaîner par une addiction. Sachant mon intérêt pour la prison, une jeune abonnée à Netflix m’a conseillé cette série. J’ai visionné le premier épisode. Je ne suis pas sûr de regarder les douze autres épisodes de la saison 1 (diffusée en 2013), les treize épisodes des saisons 2, 3 et 4 et ceux de la saison 5 en cours.

Piper Chapman (Taylor Schilling), une ravissante femme blonde de trente-deux ans aux allures BCBG se présente au pénitencier de Lichtfield pour y effectuer quinze mois de prison. Le passage de la liberté à l’enfermement est une épreuve cauchemardesque : une surveillante aimable comme une porte de prison lui impose la fouille à nu ; les détenues croisées dans la cour lui font un effet de cour des miracles ; la cellule est partagée avec trois autres femmes ; la nourriture est infecte…

De flashback en flashback, on découvre l’histoire de Piper : sa dernière nuit de femme libre avec son fiancé Larry (Jason Biggs) ; et dix ans plus tôt, son amour pour Alex (Laura Pepron), une trafiquante de drogue qui lui demanda de transporter la valise de billets qui lui vaut aujourd’hui son incarcération.

Le titre de la série, « Orange is the new black », est une référence à l’uniforme orange porté par les détenues et à la sombre dépression qui guette Piper, bien qu’elle se soit préparée à cette épreuve en lisant des livres sur la prison et qu’elle se soit jurée de sortir de l’épreuve plus forte qu’avant, et aussi plus amoureuse.

Le thème de la couleur, la couleur de peau, est récurrent dans ce premier épisode. Dans la salle à manger, ethnies et races sont rassemblées. Mais elles ne se mélangent pas : on assigne à Piper une table de blanches. « Je porte des culottes de grand-mère et je ne peux parler qu’à des femmes blanches », dit-elle au téléphone à Larry le soir de son incarcération. On partage la vie de latinos et de noires, mais on vit néanmoins séparées.

Les différences entre le pénitencier de Lichtfield et un centre de détention en France sont nombreuses : là-bas, les cellules sont partagées, ici elles sont individuelles (elles sont le plus souvent doublées ou triplées en maison d’arrêt) ; là-bas, les repas se prennent en commun, ici en cellule ; là-bas le conseiller de probation est en uniforme, ici il (ou elle) est en civil.

Les points communs sont plus nombreux encore, à commencer par le climat de violence latent qui découle de cette violence institutionnelle que constitue l’entravement. On soulignera aussi l’hygiène parfois douteuse, les comportements disparates des surveillants, entre empathie et œillères, et aussi le rôle des détenues « auxis » dans la marche de l’établissement pénitentiaire.

Le premier épisode est, pour Piper Chapman, plein d’événements et de découvertes. C’est bien ainsi que le vivent les détenus lorsqu’ils arrivent en prison et subissent le choc carcéral. Mais la vie de Piper s’annonce pleine d’intrigues et de rebondissements. À la fin du premier épisode de la première saison, elle se trouve nez à nez avec Alex, son amante, celle qui l’a entraînée dans la délinquance.

Il faut bien alimenter la soixantaine d’heures de feuilleton qui s’annonce. Ici, la différence avec la vie réelle en prison saute aux yeux. Le quotidien des détenus, même s’ils ont un travail, est fait de routine, d’ennui, de sentiment de s’enfoncer peu à peu dans l’inutilité et le déclassement.

Il est bon qu’une série télévisée parle de la prison. Mais en imposant ses codes, la télévision passe en partie à côté de la réalité.