Parce qu’ils sortiront un jour

L’atelier prison de l’association caennaise Démosthène a publié en 2016 un livre blanc intitulé « parce qu’ils sortiront un jour, l’insertion postpénale des personnes détenues, un défi citoyen ».

Le livre de l’association Démosthène couronne dix années de réflexions et de rencontres.Imprimé dans le centre pénitentiaire de Caen par l’imprimerie associative Artec, ce livre fournit une riche documentation aux praticiens et aux bénévoles du monde carcéral. On y trouve en particulier le texte de la loi pénitentiaire de novembre 2009, celui de la loi Taubira du 15 août 2014 instituant la contrainte pénale, un énoncé des règles pénitentiaires européennes, une description du modèle de désinflation carcérale appliqué en Finlande et un éclairant tableau des structures impliquées dans l’insertion post-carcérale.

Salle de cours dans une prison en Norvège

Les auteurs dénoncent le blocage du système judiciaire et pénitentiaire en France, qui ne peut que constater l’impuissance de l’incarcération à réduire la récidive, mais reste captif du tout-carcéral.

L’inertie des systèmes, leur incapacité à se réinventer, viennent de représentations profondément ancrées dans les mentalités. « Dire « un condamné » au lieu de « une personne condamnée » a certains effets : la personne (la personne condamnée) s’efface au profit de l’état, celui d’être condamné. Un condamné demeure ainsi, d’abord et longtemps après la sortie de prison, un condamné ancien et/ou futur, comme l’indique son casier judiciaire, et en somme, selon l’expression traditionnelle, « un repris de justice ».

« Comment passer du statut de détenu (ou de condamné) à celui de personne détenue ou condamnée ? De celui de personne détenue à celui de personne et de personne totale ? Enfin, de personne totale à celui de citoyen ? »

Les auteurs soulignent que les pays du nord de l’Europe qui ont changé leur modèle pénal ont pris de temps d’une pédagogie continue et pertinente destinée à l’opinion publique. Ils ont réduit la durée des peines, supprimé les barreaux aux fenêtres et ouvrent les prisons sur le milieu ouvert. Le temps de l’incarcération est désormais utilement axé sur l’obligation de formation professionnelle, de travail, d’enseignement, et de soins pour ceux qui présentent des troubles psychologiques, psychiatriques et des addictions. »

Le débat sur les prisons n’a pas vraiment eu lieu à l’occasion des élections présidentielle et législatives en France. « La France en marche » a avalisé le programme de construction de 15 000 places de prison décidé par le précédent gouvernement. Il est temps que s’ouvre ce débat. « Parce qu’ils sortiront un jour » sera une pièce à mettre au dossier.