Simone Veil, album de famille

Quelques jours avant l’entrée de Simone et Antoine Veil au Panthéon, France 3 a diffusé un beau reportage d’Hughes Nancy : « Simone Veil, album de famille ».

Le réalisateur a eu accès à l’appartement des Veil Place Vauban et à leurs albums de photos familiales. Il a interrogé les deux fils de Simone et Antoine, Jean et Pierre-François, ainsi que plusieurs de leurs petits-enfants.

Le scénario est chronologique, de la naissance de Simone Jacob en 1927 dans une famille juive de la bourgeoisie de Nice à son décès il y a un an. Il retrace, avec le regard des proches de Simone, son extraordinaire existence : la déportation à Auschwitz Birkenau à l’âge de 16 ans (elle en déclare 18 pour échapper à la chambre à gaz) ; à la libération, ses études de sciences politiques et son mariage avec Antoine Veil ; de 1957 à 1964, directrice de l’administration pénitentiaire ; de 1974 à 1976, ministre de la santé et porteuse du projet de loi sur l’IVG ; de 1979 à 1982, première présidente du Parlement européen ; en 1998, membre du Conseil constitutionnel ; en 2010, membre de l’Académie française.

Ce qui traverse le film d’un bout à l’autre, c’est le profond sentiment d’illégitimité qui habitait Simone Veil. Pourquoi avait-elle survécu, elle, à l’enfer d’Auschwitz, alors que son père, sa mère et son frère y avaient été engloutis ? Pourquoi une kapo l’avait-elle jugée « trop belle pour mourir ? » Pourquoi sa sœur Milou était-elle morte dans un accident de voiture en revenant de lui rendre visite à Stuttgart ?

Mais ce doute existentiel, au lieu de paralyser Simone, l’a rendue plus dure. Adolescente sous le régime de Vichy, elle s’était déjà opposée à son père qui pensait qu’il fallait se faire recenser en tant que Juifs, puisque c’était la loi et que la loi était faite pour le bien de tous les citoyens. Après avoir mis au monde trois enfants, elle s’opposa à mon mari qui ne voulait pas qu’elle réalise son désir de devenir avocate ; ils trouvèrent un compromis, et elle passa le concours de la magistrature.

On connait son combat pour faire reconnaître le droit à l’avortement et, au-delà de celui-là, en faveur des droits des femmes. Elle fut dans ce domaine, une pionnière : première femme ministre d’Etat, première femme secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature, première femme ministre d’Etat, première femme présidente du Parlement européen.

Simone Veil accordait une place essentielle au devoir de mémoire. Le documentaire de Hughes Vincent évoque le voyage qu’elle fit, déjà âgée, avec ses enfants et petits-enfants, à Auschwitz. Sur son épée d’académicienne, elle fit graver un nombre : 78 651. Celui qui lui avait été tatoué sur le bras à son entrée au camp.