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Une vision sécuritaire de la prison

Dans le journal électronique Atlantico du 23 avril, Xavier Bebin a livré des bonnes feuilles de son livre « Quand la justice crée l’insécurité ». Secrétaire-général de l’Institut pour la Justice, juriste et criminologue, il plaide pour l’emprisonnement prolongé des délinquants suractifs. Son papier a le mérite d’expliquer clairement une vision sécuritaire de la prison, à l’opposé des conclusions de la récente conférence de consensus sur la prévention de la récidive.

 « Contrairement à une idée reçue, écrit Xavier Bebin, même pour ces profils endurcis que la peine ne dissuade plus, la prison n’est pas inefficace pour autant. C’est même le contraire : l’incarcération de ces profils permet de prévenir de nombreux crimes et délits, y compris les plus graves, homicides, viols et violences graves. Cela pour une raison simple, peu connue du grand public, alors qu’elle est établie par la criminologie depuis les années 1970 : une petite minorité de délinquants est responsable d’une très grande part des crimes et délits (…)

La Prison, une nécessité pour la République

Pierre Victor Tournier est directeur de recherches au CNRS et spécialiste de la démographie pénale. Son dernier livre, « la Prison, une nécessité pour la République » (Buchet Chastel 2013) constitue une prise de position contre les abolitionnistes de la prison, un recueil de faits et de chiffres sur la peine de privation de liberté et un plaidoyer pour que soit respecté le droit des prisonniers à la dignité.

 L’auteur est convaincu que la peine d’enfermement est nécessaire à la République. Il règle ses comptes avec les abolitionnistes, ceux qui considèrent que la prison est un traitement dégradant qui sera un jour supprimé comme l’ont été, auparavant, l’esclavage, la torture et la peine de mort. Tournier pense que leur position est intenable : que se passera-t-il « le jour d’après » l’abolition ? Quelles peines de substitution propose-t-on qui concilient la protection effective de la société, la sanction du condamné, les intérêts de la victime et la réinsertion du délinquant ou du criminel ? Les abolitionnistes ne font-ils pas le jeu des courants sécuritaires en renforçant le mythe d’une justice laxiste, plus encline à plaindre les coupables qu’à épauler leurs victimes ?

Hors la loi

France 2 a commencé le 12 février la diffusion d’une série de trois remarquables documentaires de François Cholowicz sur le système judiciaire et l’emprisonnement.

 La réalisation de ces documentaires a nécessité la collaboration active des policiers, procureurs, magistrats, avocats, responsables de l’administration pénitentiaire, travailleurs sociaux impliqués dans l’arrestation, la garde à vue, le mandat de dépôt, la détention et le jugement de six justiciables impliqués dans différents délits (cambriolage, vol à la roulotte, agression sexuelle…). Un millier d’interviews ont été effectuées. Le projet s’est étagé sur 4 ans, à la fois en raison de l’étendue du matériel accumulé et pour pouvoir suivre le parcours des justiciables.

 Le réalisateur suit à la trace six hommes qui ont maille à partir avec la justice. Ils sont de profils différents, du SDF à l’éducateur sportif, et de l’immigré en situation irrégulière parlant à peine le français à un multirécidiviste beau parleur. Certains admettent les faits qui leur sont reprochés. D’autres les nient farouchement. Policiers et magistrats sont parfois en proie au doute et tentent de se forger une opinion ; parfois, ils sont convaincus de la culpabilité des personnes arrêtées mais peinent à la prouver.

 François Cholowicz ne prend pas parti. Il suit les policiers dans leurs interventions de nuit. Lorsqu’un suspect est appréhendé, c’est lui que la caméra suit à chaque moment de son parcours judiciaire et jusque dans la prison. C’est du point de vue du justiciable que nous nous trouvons. Nous avons en face de nous le policier qui nous interroge pendant les interminables heures de notre garde à vue, la juge d’instruction qui décide de nous envoyer en  détention provisoire, le gardien de prison qui effectue pour nous les formalités d’écrou, le directeur qui nous reçoit dans le cadre de la procédure d’accueil dans le quartier des arrivants de la maison d’arrêt.

 C’est la répétition du même scénario dans les mêmes lieux, commissariat central, palais de justice et maison d’arrêt de Toulouse, mais impliquant des justiciables de profils très différents, qui révèle peu à peu comment fonctionnent les rouages de la justice. Le film montre les hommes et des femmes qui font fonctionner cette machine. On est frappé par le professionnalisme des policiers, des agents de l’administration pénitentiaire, des juges et des avocats, des travailleurs sociaux, et aussi par leur profonde humanité. « Mais Monsieur, qu’est-ce qu’on va faire de vous ? » demande une juge, dénotant par cette question une réelle anxiété.

 Les locaux où a été tourné le documentaire sont modernes et fonctionnels ; on sait que ce n’est pas le cas de la plupart des prisons et de nombreux lieux de police et de justice. Il est probable que les personnels filmés ont donné, devant la caméra, le meilleur d’eux-mêmes. Il reste que le film est instructif et captivant.

 Le premier épisode, « entrer en prison », peut être visionné sur http://www.france2.fr/emissions/infrarouge/diffusions/12-02-2013_29023.  Les autres épisodes auront pour titre « rester en prison » et « revenir en prison ».