Vive l’Allemagne !

« Vive l’Allemagne », d’Alain Minc (2013) est un stimulant essai sur un pays avec lequel la France a destin lié, mais qui reste profondément méconnu chez nous.

 Il convient d’abord de remarquer que le titre « Vive l’Allemagne ! » est un peu abusif. Dans Le Cercle des Echos, Pascal Ordonneau propose plutôt : « pour que vive l’Allemagne ! » Si en effet, la première partie du livre est un hymne à l’Allemagne d’aujourd’hui, l’un des pays les plus démocratiques au monde, la seconde partie exprime une angoisse de voir le pays devenir une grosse Suisse confortable et frileuse, rétive à exercer les responsabilités internationales qui lui incombent de par sa population et son économie.

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« Qu’un français dont les quatre grands-parents ont été engloutis par l’Holocauste se sente chez lui à Berlin, Munich ou Hambourg aurait semblé incroyable, voire choquant, dans les années cinquante ou soixante ! » L’Allemagne est désormais, à mes yeux, le pays le plus démocratique et le plus sain d’Europe. Incroyable renversement, mais dont l’affirmation relève encore, aux yeux de beaucoup, de la provocation et du paradoxe. »

 Dans la première partie du livre, Alain Minc s’efforce de démontrer que ne Nazisme n’était pas une fatalité, mais au contraire une aberration de l’histoire, dont la probabilité d’occurrence était faible. Contrairement à la France et à la Grande-Bretagne, la nation allemande ne s’identifie pas, historiquement, aux frontières d’une Etat. C’est la langue et, plus largement, la culture, qui définit un « allemand ». La constitution d’un Etat allemand ne s’est réalisée qu’au dix-neuvième siècle, à partir de réalités régionales émiettées ; encore Bismarck eut-il la sagesse de ne pas tenter d’y inclure l’Autriche. La république fédérale est l’héritière d’une tradition politique fédéraliste selon laquelle l’autonomie la plus large possible doit être reconnue aux régions, les Länder.

 Minc dit son admiration pour l’Allemagne d’aujourd’hui, qui a su intégrer, après la réunification, « dix-sept millions de « pieds noirs », moins dynamiques, moins productifs » ; qui a su positionner son industrie sur des produits haut de gamme que les pays émergents sont prêts à payer au prix fort ; qui, avec l’Agenda 2010 du Chancelier Schroeder, a su rattraper, et au-delà, son retard de compétitivité avec la France.

 Mais l’auteur est franchement pessimiste pour l’avenir. Il souligne les effets catastrophiques à moyen et long terme de la très faible natalité, que l’immigration ne compensera pas. Il souligne que les pays émergents se doteront un jour ou l’autre d’une industrie capable de concurrencer les firmes allemandes. Et surtout, il déplore que le pays s’installe de plus en plus profondément dans la mentalité d’une grande Suisse, neutre, pacifiste et obsédée par l’environnement. Il critique la répudiation du nucléaire, qui condamne l’Allemagne à recourir à des centrales à charbon ou à importer de l’énergie nucléaire produite à l’étranger. Il regrette la tendance actuelle de l’Allemagne à éviter à tout prix de froisser des grands clients ou fournisseurs, en particulier la Chine et la Russie, ce qui l’a conduite à se désolidariser de la France et de la Grande Bretagne en Lybie, au Mali et en Syrie.

 Il ne s’agit pas, dit Alain Minc, de susciter une Europe Allemande. Mais il est temps que l’Allemagne redevienne, activement, européenne.

Mémorial de l'holocauste à Berlin

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