Chronique d’étonnement n°112

Je souhaite partager dans « transhumances » ce qui m’a étonné, dans ma vie personnelle comme dans l’actualité.

Dans cet article, je regrette la disparition à quelques mois d’intervalle de deux penseurs qui ont marqué le vingtième siècle ; je constate que les décisions de maires Rassemblement national ne s’inscrivent pas dans un projet de rassemblement ; et j’ai été heureux de découvrir, à Lisbonne, la Fondation José Saramago.

Jürgen Habermas, Edgar Morin

La mort à trois mois d’intervalle (14 mars et 29 mai)  de Jürgen Habermas et Edgar Morin ne devrait pas nous étonner : le premier avait 97 ans, le second 104 ans. Ce qui surprend, c’est l’impression de se sentir orphelins. Ces deux hommes ont dominé la pensée du vingtième siècle, s’efforçant de tracer un chemin pour sortir des immenses catastrophes du siècle, l’hécatombe de la grande guerre et la shoah.

Voici que l’histoire s’emballe de nouveau, que la raison du plus fort se substitue au droit, que la haine et la colère servent ensemble d’horizon politique.

Jürgen, Edgar, vous nous manquez. Nous devons apprendre à interpréter le monde sans votre aide.

« Rassemblement » national

Le maire Rassemblement National de Castres a déprogrammé « Passeport », une pièce d’Alexis Michalik. Cette pièce, dit le metteur en scène « raconte des parcours d’exil, d’identité, d’intégration et de transmission ». Le maire a déclaré que « l’argent public, l’argent des Castrais, doit être dépensé correctement. »

À Carpentras, le nouveau maire Rassemblement national a supprimé la subvention du planning familial en assurant « redoubler de rigueur dans sa gestion financière »

Le consulat d’Algérie avait sollicité la municipalité de Carcassonne pour y installer des bureaux de vote destinés aux ressortissants algériens établis en France, appelés aux urnes pour les élections législatives du 2 juillet. Le maire Rassemblement national s’y est opposé.

Les décisions des édiles du Rassemblement national relèvent du règlement de comptes. Pas vraiment du rassemblement.

Saramago à Lisbonne

Séjournant à Lisbonne, nous avons décidé de visiter la « Casa dos bicos », un étonnant bâtiment du seizième siècle dont la façade est revêtue de pierres en forme de pointes de diamants, « bicos » en portugais, qui reflètent la lumière de manière différente selon l’heure de la journée.

La Casa dos bicos à Lisbonne

Le rez-de-chaussée de la maison donne accès à un site archéologique. On y observe en particulier des ruines de la muraille qui entourait, au premier siècle de notre ère, la ville de Felicitas Iulia Olisipo, la future Lisbonne.

Je découvre que la Casa dos bicos est devenue le siège de la fondation José Saramago (1922 – 2010), l’un des plus importants écrivains portugais, lauréat du prix Nobel de littérature. Saramago lui-même institua la fondation en 2012 pour diffuser la Déclaration universelle des droits de l’homme, promouvoir la culture au Portugal et défendre l’environnement.

Une exposition permanente est consacrée à José Saramago. Elle a pour titre « la semence et les fruits » (a semente e os frutos). J’ai été ému par cette rencontre imprévue avec l’un des hommes de lettre que j’apprécie le plus. J’ai rendu compte dans Transhumances de Mémorial du Couvent (1982), Essai sur la cécité (1995), Essai sur la lucidité (2004) et Les intermittences de la mort (2006).

Joaquín Sorolla, maître de la lumière

À Toulouse, dans le palais Assézat, la Collection Bemberg présente, jusqu’au 13 septembre 2026 une exposition consacrée au peintre espagnol Joaquín Sorolla (1863 – 1923) , présenté comme « maître de la lumière ».

L’exposition est construite autour de trois thèmes : les bords de mer, les portraits et les jardins. Continuer la lecture de « Joaquín Sorolla, maître de la lumière »

Écoute active

L’Association Nationale des Visiteurs de Personnes sous main de justice (ANVP) a tenu le 30 mai dernier son congrès à la Cité Universitaire Internationale de Paris sur le thème de l’écoute.

Une quinzaine d’intervenants ont participé à des tables rondes explorant les pratiques d’écoute sous différents angles, en commençant par l’écoute des victimes. Les visiteuses et visiteurs rencontrent des auteurs de crimes ou de délits. Ils ne cherchent pas savoir ce qu’ils ont commis, et restent simplement à l’écoute des récits que ceux-ci souhaitent, ou non, faire entendre. Mais ils sont conscients que des victimes existent en arrière-plan. Parfois se joue un effet de miroir : les auteurs d’aujourd’hui ont parfois subi des violences quand ils étaient enfants. La plupart de ceux qui peuplent les prisons ont subi dans l’enfance des traumatismes ou des carences graves. Continuer la lecture de « Écoute active »

L’être aimé

Dans « l’être aimé » (El ser querido), le réalisateur Rodrigo Sorogoyen met en scène les retrouvailles d’un père cinéaste et de la fille qu’il a négligée pendant des années, par la médiation du cinéma.

La première scène du film est un plan-séquence d’une dizaine de minutes. Un homme d’environ 55 ans rencontre dans un bar une femme d’environ 35 ans. Ils ne se sont pas vus depuis 13 ans. La caméra filme de près les visages. La gêne est palpable. Comment vas-tu ? Bien… mais on sent bien que ça ne va pas si bien que cela, pour l’un comme pour l’autre. Continuer la lecture de « L’être aimé »