Berthe Morisot

Marie Delterme dans le rôle de Berthe Morisot

France 3 a diffusé le 16 février un téléfilm intitulé simplement « Berthe Morisot », qui raconte l’accession à la maturité artistique de Berthe Morisot, qui devint l’égérie du groupe des impressionnistes.

 En 1865, Berthe Morisot a 24 ans. Comme sa sœur Edma, elle peint. Mais alors qu’Edma ne croit pas suffisamment à son talent pour en faire un métier, Berthe s’accroche envers et contre tous. Artiste peintre n’était pas alors un métier pour une femme ; et une femme non mariée à 25 ans courait le risque de ne jamais se marier.

 Berthe (Marie Delterme) va construire son art dans une relation de séduction, fascination, coopération et opposition avec Edouard Manet (Malik Zidi), qui avait à l’époque une réputation sulfureuse. Berthe va devenir son modèle pour de nombreuses toiles, dont le célèbre « Balcon ». D’une certaine manière, cela implique une position d’infériorité, celle de l’objet passif face à l’artiste actif. Mais elle observe Manet et apprend à son contact. Elle peint avec obstination, essaie, se désespère mais persiste. Elle veut être reconnue, et reconnue avec son style propre.

 Pendant la guerre de 1870 – 1871, de nombreux peintres, dont Edouard Manet, sont mobilisés. En  1874, Berthe participe à la première exposition de la société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs, le groupe qui se désigne ensuite comme les « impressionnistes ». Elle épouse la même année le frère d’Edouard Manet, Eugène, qui sera son plus solide soutien jusqu’à sa mort en 1892, année où Berthe connait la consécration avec sa première exposition personnelle.

 Le téléfilm était le projet conjoint de Marine Delterme, comédienne et sculptrice, et de la réalisatrice Caroline Champetier. Il montre l’itinéraire d’une femme obstinée, bien décidée à ne rien céder aux préjugés et à accomplir sa vie d’artiste. D’autres femmes libres malgré le sexisme ambiant, telles Flora Tristan ou de George Sand, ont marqué le dix-neuvième siècle. La force du film est de faire percevoir cette liberté dans des regards, des mouvements, des attitudes corporelles plus que par des paroles.

Berthe Morisot dans "le Balcon" d'Edouard Manet

Les rides d’Elizabeth I

 

Portrait d’Elizabeth I. Ecole de Marcus Gheeraerts, vers 1595. Elizabethan Garden of North Carolina.

Un tableau de l’école de Marcus Gheeraerts représentant la Reine Elizabeth I à l’âge de 62 ans, vient d’être authentifié aux Etats-Unis. Il représente la souveraine vieillie et comme attristée par l’exercice du pouvoir.

 Elizabeth I est née en 1533 d’Ann Boleyn et Henry VIII. Elle accède au trône à l’âge de 25 ans, après que trois souverains ont tout à tour succédé à son père. Le règne de la « reine vierge » dure 45 ans et s’achève à sa mort en 1603.

 Toute sa vie, Elisabeth fut soucieuse de son image, à la fois par coquetterie et pour projeter l’image d’un pouvoir sans une ride. A partir de 1563, le pouvoir chercha à contrôler la circulation des images de la souveraine ; en 1596, un décret ordonna aux fonctionnaires de prêter main forte au « Sergeant Painter » – on dirait aujourd’hui le Directeur de la communication de Sa Majesté – pour traquer les images non-ressemblantes. En réalité, celles qui trahissaient le vieillissement de la Reine.

 Dans ce contexte, le tableau attribué à l’école de Marcus Gheeraerts, et datant de 1595 environ, est étonnant. On y voit Elizabeth ridée, avec des poches sur les yeux et, par-dessus tout, un air de profonde lassitude. La parure de la Reine exprime puissance et opulence. Mais la coque du pouvoir semble vide. La femme qui l’habitait semble avoir déjà déserté

Goya, El secreto de la sombra

En marge de l’exposition « Goya, les malheurs de la guerre », le Musée d’Aquitaine a organisé le 10 févier une projection du film documentaire « Goya, el secreto de la sombra » (Goya, le secret de l’ombre) en présence du réalisateur David Mauas.

 Le point de départ du film est la conviction d’un jeune amateur d’art barcelonais d’avoir acquis un Goya inconnu. Alléché par la perspective de vendre pour des millions d’euros une toile achetée pour quelques milliers, il convainc des amis de financer des expertises. Son argument est que Goya parsemait son œuvre de « micro-signatures », des « G », des « O », des « Y » et des « A » situés de préférence dans les zones d’ombre des toiles. Les experts démontreront l’inanité de ces prétentions.

 Le scénario flotte ensuite entre les tribulations du jeune Barcelonais et de ses financiers, un reportage sur les traces de Goya de Saragosse à Madrid et une méditation sur l’œuvre de Goya. C’est ce dernier aspect qui m’a intéressé. Les témoignages d’une experte du musée du Prado et d’une spécialiste britannique de Francisco de Goya évoquent son importance pour l’histoire de l’art dans la transition entre les dix-huitième et dix-neuvième siècles. Le génie de Goya est sensible dans une série de photos en noir et blanc prises par Mauas et utilisées par lui dans le film. Le cadrage des photos et le renoncement à la couleur font de ces photos, et donc du film, une œuvre à partir d’une œuvre : en somme, un hommage à la fécondité créative du peintre aragonais devenu, dans les dernières années de sa vie, bordelais.

Photos d’œuvres de Goya par David Mauas

L’Art au creux de la main

 

Premier Baiser de Frédéric Charles Victor de Vernon

Le Musée des Arts Décoratifs de Bordeaux accueille jusqu’au 18 mars une exposition intitulée « l’art au creux de main » consacrée à un art méconnu, celui de la médaille, aux dix-neuvième et vingtième siècles.

 Le Musée des Arts Décoratifs est installé dans un superbe hôtel particulier, l’Hôtel Lalande, achevé en 1779 à l’apogée  de la richesse de la ville de Bordeaux. Ses collections sont présentées sur trois étages. On est étourdi par tant de beaux objets, mobilier, céramiques, verres, tapis, du style Louis XVI à l’Art Déco des années 1920. La bourgeoise bordelaise aimait plus que tout les meubles amples aux formes galbées, souvent fabriqués en acajou : ils furent fabriqués pendant 150 ans jusqu’au début du 19ième siècle, ce qui fit rater à la ville l’aventure de l’Art Nouveau.

 J’ai découvert au musée la faïence de Bordeaux, lancée au début du dix-huitième siècle mais qui connut son heure de gloire au siècle suivant avec la fabrique de Bataclan créée par l’Irlandais David Johnston, auquel succéda en 1845 Jules Vieillard. Les faïences « Vieillard » furent popularisées par les Expositions universelles et connurent un immense succès.

 L’exposition « Au creux de la main » a été organisée par la Monnaie de Paris et mise en scène par Christian Lacroix. Des vitrines ont été mises en place dans les salles du musée, de sorte que sa visite suit un double parcours, collections permanentes et exposition. La médaille est un art méconnu, pour une bonne raison : par définition elle est hagiographique, ce qui la prive de l’irrévérence et de l’impertinence qui caractérisent l’œuvre d’art. Pourtant, nombre d’objets présentés sont d’une grande beauté. J’ai en particulier aimé « Eve et le Serpent », d’Henry Dropsy, « Premier baiser » de Frédéric Charles Victor de Vernon et « Baigneuse » de Pierre Turin.

L’hôtel de Lalande, siège du Musée des Arts Décoratifs de Bordeaux