Devoir de mémoire

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Berlin est une ville au passé déchirant, entre le troisième Reich et le Mur de la Honte. Les Berlinois s’efforcent de ne pas oublier.

Près de la Porte de Brandebourg, des centaines de stèles grises, de tailles et d’inclinaisons différentes constituent l’Holocaust Mahnmal, le mémorial de l’holocauste.

Aux environs de la Porte de Brandebourg, des croix blanches célèbrent la mémoire de Berlinois de l’est tués alors qu’ils tentaient de franchir le mur.

A côté du musée d’histoire allemande, la Neue Wache est un mémorial aux victimes du fascisme et du militarisme. Sous la voute se trouve une statue de Käte Kollwitz, la mère et l’enfant.

A proximité du Kulturforum, la prison de Plötzensee, où furent décapités ou pendus des milliers d’opposants au nazisme, dont les auteurs de l’attentat contre Hitler, a été transformé en mémorial de résistance allemande.

Cette volonté de regarder l’horreur en face peut troubler le visiteur d’un week-end. Pourtant, le devoir de mémoire est fondateur de l’Allemagne d’aujourd’hui, un pays qui se veut ouvert, tolérant et démocratique.

Photo Fabienne Bonnet : « Mémoire », l’Holocaust Mahnmal. www.prismatic.aminus3.com

Nelson et Mandela

 

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« Transhumances » a consacré des articles à Horatio Nelson et Nelson Mandela. Dans le supplément « Work » du quotidien The Guardian daté du 13 mars 2010, Jonathan Gifford les cite parmi des personnages historiques qui peuvent inspirer nos comportements au travail aujourd’hui.

Gifford cite Elisabeth Garrett Anderson qui fut sans cesse à l’offensive pour que la société Victorienne l’accepte dans la caste exclusivement masculine des médecins, n’acceptant jamais un non comme réponse. Il mentionne Abraham Lincoln et sa vision audacieuse d’une société dont tous les membres seraient égaux. Il loue le pragmatisme de Zhou Enlai, décidé à ce que la modernisation de la Chine avance malgré les errances de la révolution culturelle.

On lira ci-dessous les paragraphes de cet article qui concernent deux personnages auxquels le blog « transhumances » s’est déjà intéressé : Horatio Nelson et Nelson Mandela.

Diriger depuis la  première ligne, Horatio Nelson

Quiconque assume une tâche ardue ou déplaisante dirige depuis la première ligne : faire un appel téléphonique difficile ; se porter volontaire pour une tâche ingrate mais essentielle ; ou prouver que vous ne demandez pas à d’autres d’accomplir quelque chose que vous n’accompliriez pas vous-même.

Diriger depuis la première ligne, c’est ce que fit Nelson ; cela le définit. Il perdit un œil en dirigeant un débarquement en Corse, quand un impact de boulet de canon jeta du sable et des pierres sur son visage. Dans un autre débarquement. A Tenerife, il fut si gravement blessé qu’il fallut l’amputer d’un bras. Il gagna la célébrité et la gloire en capturant non un, mais deux vaisseaux espagnols à la bataille de Cap Saint Vincent.  C’est ainsi que Nelson gagna la loyauté inconditionnelle de ses hommes (…)

Quand Nelson imagina son plan consistant à attaquer la flotte franco-espagnole en navigant à angle droit à travers la ligne des navires ennemis, au lieu de s’aligner pour le traditionnel échange de bordées de canonnades, il savait que les vaisseaux de tête seraient exposés au feu ennemi pendant un temps désespérément long avant d’être en position de répondre.  L’usage était de placer le navire amiral au centre de la ligne ; Nelson mit le HMS Victory en tète de la ligne. Il resta sur  le pont à commander la bataille (« aucun capitaine ne peut vraiment se tromper s’il place son bateau le long de celui d’un ennemi ») et il fut tué par un marin français depuis un bateau avec lequel le Victory avait engagé le combat. « Grâce à Dieu, j’ai fait mon devoir », dit-il en mourant.

Changer l’état d’esprit, Nelson Mandela

Nous reconnaissons tous rapidement l’atmosphère, ou la culture, prégnantes dans toute organisation ; changer une mauvaise culture peut être la chose la plus difficile à laquelle des managers ou des travailleurs soient confrontés. Nelson Mandela changea l’état d’esprit d’une Afrique du Sud divisée qui avait frôlé la guerre civile et dont l’avenir était lourd de la probabilité d’autres affrontements interraciaux.

Mandela, alors qu’il était jugé pour haute trahison en raison d’actes de sabotage contre l’état Sud-Africain, avait dit « tout au long de ma vie je me suis consacré à la lutte du peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche, et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idée d’une société démocratique et libre dans laquelle tous vivraient ensemble en harmonie et avec des opportunités égales. C’est un idéal pour lequel je souhaite vivre et que je voudrais atteindre. Mais si c’est nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ».

Malgré 27 ans passés en prison, Mandela en sortit avec ces idéaux intacts. En 1994, lorsque les premières élections multiraciales eurent lieu, les Sud Africains blancs savaient que la majorité noire du pays, si longtemps exclue du pouvoir par l’apartheid, élirait un gouvernement majoritairement noir.

En fait Mandela mena une campagne de pardon personnel et mit en place une ingénieuse Commission Vérité et Réconciliation. Il dirigea le nouveau gouvernement multiracial avec une empreinte légère mais décisive et donna le ton – tranquille, inclusif, enthousiaste – qui allait créer un nouvel état d’esprit dans le pays.

Jonathan Gifford publie chez Marshall Cavendish un livre intitulé  « History Lessons ; what business and managers can learn from the movers and the shakers of history » (ce que les entreprises et les managers peuvent apprendre de ceux qui ont ébranlé et secoué l’histoire). Photo « transhumances »

Cap Trafalgar

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 La bataille de Trafalgar, le 21 octobre 1805, a marqué la mort et le triomphe de l’amiral Horatio Nelson, dont j’ai évoqué la biographie dans un précédent article de Transhumances. Pour marquer le deux centième anniversaire de la bataille, Arturo Pérez Reverte écrivit un livre magnifique, Cabo Trafalgar, à la fois solidement documenté et romancé (Cabo Trafalgar, Arturo Pérez-Reverte, Alfaguarra 2004).

Napoléon, qui veut envahir l’Angleterre, a ordonné à l’Amiral de la flotte Villeneuve de mettre le cap sur la Manche. Mais celui-ci, apeuré par une première confrontation avec l’Amiral Nelson au large du cap Finisterre, court se réfugier à Cadiz. Menacé de Conseil de Guerre, il finit par prendre la mer après avoir recruté de force des centaines d’hommes, souvent agriculteurs ou marins pêcheurs, pères de famille, qui n’ont aucune expérience des navires ni de la guerre.

La flotte est franco-espagnole. Le pouvoir en Espagne est entre les mains de Godoy, intriguant et amant de la Reine. La hiérarchie de la flotte est en bonne partie composée d’aristocrates pistonnés. Marins et sous-officiers touchent leur solde avec des mois de retard.

Villeneuve applique une stratégie énoncée plus de 100 ans auparavant. Les deux camps forment une ligne parallèle qui se canardent et passent à l’abordage. A la vue de l’escadre anglaise, il donne l’ordre de virer à 180º et de remettre le cap sur Cadiz. En raison de leur poids et du faible vent, les navires manœuvrent mal et des trous se forment dans la ligne. De plus, l’ordre de Villeneuve ne peut que s’interpréter que comme une préparation à la retraite, ce qui ne contribue pas au moral de l’encadrement.

Les navires de Nelson avancent sur deux lignes perpendiculaires à la ligne franco-espagnole. Leur stratégie consiste à couper la ligne là où elle est trouée et à neutraliser successivement chaque navire ennemi en profitant à chaque fois de la supériorité numérique. Comme ce sera le cas plus tard avec la Ligne Maginot, la stratégie de l’ennemi n’était pas décrite dans les manuels ! La bataille peut commencer. Les hommes déploient des filets au-dessus du pont pour recevoir les objets qui vont tomber en rafale depuis les mats, on jette du sable pour ne pas glisser sur le sang des hommes qui vont tomber au combat.

A l’ineptie des chefs, dont certains désertent purement et simplement, répond le comportement finalement héroïque des soldats, dans de nombreux cas encore adolescents, souvent amenés à cette boucherie contre leur gré. Dans le feu de l’action, le mélange de peur viscérale et de soif de vengeance pour les camarades assassinés galvanise les hommes. Ce n’est pas la raison qui parle en eux, seulement l’instinct de la dignité.

Le livre de Pérez Reverte est un récit palpitant, un témoignage historique documenté jusque dans les moindres détails, une histoire d’hommes embarqués pour l’enfer. Le langage mis dans la bouche des espagnols parlant des « gabachos » (expression qui désigne les Français comme « yankee » les Américains) est divertissant : « yenesepá », « orrevuar », « cuá ? », « mon petichú »… De la même manière, le parler des andalous est restitué de manière phonétique, ce qui est drôle mais aussi un peu dérangeant pour un lecteur étranger.

Le désastre de Trafalgar était prévisible. Il dérivait directement d’une structure politique fondée sur l’intimidation et l’arrogance en France, sur la corruption et l’esprit de classe en Espagne.

Amiral Nelson

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Dans un précédent article, j’ai évoqué la passion de l’Amiral Horatio Nelson pour Lady Emma Hamilton. Je propose ici une lecture de la biographie de l’amiral par Georges Fleury (Nelson, grandes biographies, Flamarion 2003).

La biographie par Georges Fleury de l’amiral Horatio Nelson, dont la statue domine la Place Trafalgar, n’a pas la qualité littéraire de « Cap Trafalgar », le récit romancé d’Arturo Pérez Reverte. Mais elle est basée sur une impressionnante documentation, essentiellement les lettres échangées par le héros avec sa famille et l’administration de la Marine.

Né en 1858 d’un pasteur protestant dans le comté de Norfolk, mort en 1805 à l’âge de 47 ans au large du Cap Trafalgar alors qu’il commandait la bataille qui anéantira la flotte franco-espagnole, Nelson est un personnage hors du commun. Embarqué alors qu’il n’avait que douze ans sur le bateau commandé par son oncle, il passera au cours de sa vie plus de temps sur la mer que sur la terre ferme. Ce qui impressionne chez lui, c’est son absolue confiance en son étoile. Il recherche le danger, et ce ne sont pas un œil perdu à Calvi puis un bras à Tenerife qui le rendront plus prudent. Pour attaquer l’ennemi à Aboukir, Copenhague ou Trafalgar, il adopte des stratégies non conventionnelles et risquées, et prend même le parti de désobéir à ses supérieurs au risque de la cour martiale.

Il a un immense besoin de gloire. La « vainqueur du Nil » déplace les foules et est acclamé par les Royalistes dans toute l’Europe. Lorsqu’il vient faire soigner ses blessures à Bath, les passants le reconnaissent et l’acclament. On parlerait aujourd’hui d’une star. Il aime la popularité, les décorations, les cérémonies et les dîners mondains.

Il est adulé par ses troupes, au milieu desquelles il est à l’aise. Après une bataille, il ne manque jamais de doubler la dose de rhum et de tabac de ses hommes. Il aime enseigner aux jeunes sous-officiers.

Il est rigide lorsqu’il s’agit de faire observer un blocus dans les Antilles, au point de s’attirer des procès de la part de négociants dont la marchandise a été saisie, mais il est aussi capable de négocier avec le représentant du Tsar son retrait d’un port russe. Il épargne la vie d’un sous-officier que le fils du roi voulait faire exécuter, mais n’hésite pas à faire pendre haut et court un officier napolitain traitre a son roi. Il a une vision stratégique de la présence anglaise en Méditerranée mais s’occupe des détails de son salaire.

Il n’a cure de la réprobation publique pour le ménage à trois qu’il forme avec William Hamilton, ambassadeur à la Cour de Naples et son épouse Emma, alors même qu’il est marié. Il faut dire qu’Emma est, elle aussi, une femme d’exception : fille d’un forgeron gallois, amante de jeunes hommes riches dont sa prodigalité scella la ruine, prostituée, « corps parfait » exposé par un hypnotiseur dans des conférences prétendument scientifiques mais avant tout lucratives, favorite de la Reine de Naples, elle avait rendu Horatio fou amoureux, et ce sentiment était partagé. Pour elle, Nelson passe des mois à Naples et Palerme, en 1798 et 1799. Elle lui donnera un enfant, Horatia.

On découvre dans ce livre un univers naval déjà très technologique. Certes, les bateaux sont manœuvrés par des centaines d’hommes, mais le maniement des dizaines de voiles est complexe. On embarque à bord des charpentiers capables de réparer un grand mat ou de boucher une voie d’eau. La communication d’un navire à l’autre ou avec la terre se fait encore en hissant des pavillons, mais le télégraphe vient d’apparaitre, qui permet d’échanger des messages de manière interactive. Ceci n’empêche pas qu’il faille parfois des jours ou des semaines pour repérer l’allié que l’on doit rejoindre ou l’ennemi que l’on veut détruire.

Les ennemis se haïssent mais sont physiquement au contact. La tactique consiste à se présenter au combat dans une ligne aussi continue que possible, parallèlement à la ligne ennemie et de canonner ses vaisseaux à bout portant, puis de monter à l’abordage. Après la bataille, il n’est pas rare que l’amiral vainqueur soit invité à bord du vaisseau amiral vaincu à participer à l’immersion de son homologue vaincu et tué.

(Photo : statue de l’Amiral Nelson, Trafalgar Square, Londres. Source Wikipedia)