Tant d’encre a coulé sur les attentats du 13 novembre qu’écrire encore peut sembler inutile et lassant. La surabondance d’informations et de commentaires incite pourtant à tenter d’y voir clair.
La première expression qui vient, c’est : « même pas peur ! », celle qu’utilisent les enfants terrorisés pour apaiser leur angoisse et avancer bravement. Des attentats identiques ou pires à ceux du 13 novembre vont se reproduire : des tentatives seront déjouées, mais des terroristes passeront inévitablement au travers des mailles du filet. Personne n’est à l’abri, puisque sont désormais visés les Français parce qu’ils sont français et non seulement en raison de leurs idées ou de la communauté à laquelle ils appartiennent. Il faudra apprendre à vivre avec l’insécurité et la peur et à faire front, crânement.
Des illusions sont tombées le 13 novembre : nous ne pouvons vivre tranquillement à l’abri de nos frontières, protégés de la brutalité du monde. La violence quotidienne contre les civils en Irak, en Syrie ou en Afghanistan, les bombes qui explosent dans un marché, des écoliers massacrés, tout cela n’est pas extérieur à nous ; nous sommes directement concernés. Beaucoup en appellent à la construction de murs de plus en plus épais, de plus en plus hauts, de plus en plus technologiques. Les murs séparent et isolent, alors que c’est d’une coopération accrue que la communauté internationale a besoin pour traquer les terroristes, étouffer les brasiers allumés au Proche Orient et s’attaquer à leurs causes.

La question religieuse est au cœur des événements. Des illuminés pensent que la fin des temps est proche. Ils sont convaincus que « Dieu » attend des vrais croyants qu’ils précipitent la parousie en provoquant l’implosion des nations infidèles. Ils sont prêts à se faire exploser, convaincus qu’ils entreront au Paradis à l’instant même de leur mort. Ce faisant, ils oublient que la profession de foi musulmane, la fatiha, commence par une invocation au nom d’Allah le miséricordieux et le compatissant (« al rahman » et « al rahim »). Comment Dieu pourrait-il ordonner les massacres de sang-froid du Bataclan et de Charonne ?
Paris est le symbole d’une façon de vivre et de penser insupportable aux illuminés. Elle représente pour eux le comble de l’idolâtrie et de la dégénérescence des mœurs. Une ville où l’on s’amuse, où l’on rit, où l’on joue de la musique, où l’on fait l’amour, où l’on sait se moquer de tout, même de soi-même, une telle ville doit être détruite. C’est pourquoi Paris, ville carrefour, ville où se rencontrent des gens porteurs de tant de cultures, est un lieu de résistance au fanatisme et à l’obscurantisme.

Face à l’obscurantisme, il importe de rester cohérents avec nos valeurs. En instituant Guantanamo, George Bush avait passé un message : le monde occidental était « fondé sur la liberté, mais… ». À cet égard, le projet de révision constitutionnelle dans un sens sécuritaire suscite des inquiétudes. Et l’idée de placer sous résidence surveillée avec bracelet électronique les personnes fichées comme terroristes potentiels, va dans le même sens : il s’agirait d’appliquer à des suspects un traitement normalement réservé aux condamnés. Or, justifier des entorses à l’état de droit revient à proclamer que la formule « liberté, égalité, fraternité » ne serait pas vraiment notre devise, car la tranquillité des citoyens justifierait des exceptions.
« Même pas peur ». Nous sommes entrés dans une période difficile, pleine à court terme de menaces terroristes, grosse à moyen terme de la menace climatique. Ce n’est pas la première fois que l’Europe traverse des heures difficiles. Il nous faut apprendre à garder la tête froide, à rester debout la tête haute. Chaque menace recèle une opportunité : celle de grandir, personnellement et ensemble, en humanité.

Quelques lignes écrites le 15 novembre, écho à tes propres paroles lues à l’instant. :
« …
La France et son drapeau
en berne au chapiteau
où la fête régnait
sans mesure à souhait !
Bataclan éventré,
sommes-nous assommés ?
Mais non, à nos fenêtres
les flammes vont renaître !
Tous nous portons le deuil
mais tous sur notre seuil
nous offrons notre main
à nos proches voisins.
Différence est richesse ;
notre force, justesse
lorsqu’elle nous conduit
à demeurer unis.
Notre peine est immense ;
mais notre espoir patience
fraternelle, indomptable ;
notre cœur imbattable ! »
Merci à toi, Xavier, De toute mon amitié,
Agnès
Merci Agnès !