« Casse-tête chinois », film de Cédric Klapisch, met en scène quelques-uns des étudiants Erasmus de « l’Auberge espagnole » (2002). Arrivés à la quarantaine, ils exercent un métier, ils ont vécu des histoires d’amour tumultueuses et ils élèvent les enfants nés de ces amours.
Xavier (Romain Duris) est le récitant de ce film, comme il l’était de l’Auberge espagnole. Il est devenu romancier et la matière première de ses livres est sa propre vie. Et sa vie est compliquée, dit-il, un vrai casse-tête chinois. La rupture de son mariage avec Wendy (Kelly Reilly), qui quitte Paris pour New-York en emmenant leurs deux enfants, le conduit à y émigrer, lui aussi. C’est à China Town qu’il finit par trouver un appartement à un prix abordable. Continuer la lecture de « Casse-tête chinois »
Depuis deux mois, je suis lancé à la découverte de la langue arabe.
Jeune coopérant à Alger, de 1974 à 1976, j’avais appris chez les Sœurs Blanches l’arabe dialectal par une méthode rigoureusement auditive : nos professeures étaient des pionnières du laboratoire de langues. Je m’étais promis d’apprendre l’arabe littéraire lorsque j’en aurais le temps. Le moment est venu, en effet, près de quarante ans plus tard. Je me suis inscrit en première année de licence d’arabe à l’Université Montaigne. Continuer la lecture de « A la découverte de la langue arabe »
« La Grande Belleza », film de Paolo Sorrentino, constitue un moment de bravoure du cinéma italien, dans le droit fil de Federico Fellini.
Jep Gambardella (Toni Servillo) est un Romain mondain, ou un mondain romain selon que l’on accorde plus d’importance à l’une de ses deux caractéristiques. Son univers se réduit à la ville de Rome, encore qu’il soit abusif de parler de réduction s’agissant d’une ville d’une telle profondeur historique et esthétique. Il a choisi d’être le roi des mondanités : il ne se contente pas de participer aux fêtes, mais jouit du pouvoir de les gâcher. Continuer la lecture de « La Grande Belleza »
« Dans la maison », le dernier film de François Ozon, est un captivant thriller sans meurtre ni police, autour de la création littéraire.
En ce jour de rentrée scolaire, Germain (Fabrice Lucchini) est un professeur plus déprimé que jamais. L’administration du lycée Gustave Flaubert a décidé d’imposer l’uniforme pour favoriser l’égalité entre les « apprenants » (le mot élève est banni). Les apprenants surpassent l’administration en ineptie : la première dissertation – « racontez votre week-end » – confirme la nullité générale. Il y a toutefois une exception : Claude (Ernst Umhauer), un élève discret au dernier rang de la classe, raconte son intrusion dans la maison d’un condisciple. Elevé dans des conditions difficiles par un père seul et handicapé, il entend voir de près la vie d’une famille « normale », celle que constituent Esther (Emmanuelle Seigner), son mari Raphaël et leur fils lui aussi prénommé Raphaël : « les Raphas », les appelle Claude. Il évoque « le parfum de femme de classe moyenne » qui se déprend de la maison des Raphas. Il conclut sa rédaction par un énigmatique « à suivre ».
Germain est fasciné par Claude, certainement pour son talent littéraire qui ne demande qu’à être guidé pour éclore, peut-être aussi en raison d’une trouble attirance pour ce beau garçon à l’aspect androgyne, peut-être enfin parce qu’il représente le fils qu’il n’a jamais eu. D’autres textes suivent, dans lesquels Claude raconte son incrustation dans la famille normale, au motif d’aider son camarade dans ses devoirs de mathématiques. Germain partage la saga des Raphas avec Jeanne (Kristin Scott Thomas), sa femme, qui traverse un moment difficile : la galerie d’art moderne qu’elle gère est menacée de fermeture. De « à suivre » en « à suivre », Germain devient le coach de Claude. Pour que le roman des Raphas prenne de la densité littéraire, il faut provoquer les personnages, créer des situations qui les obligent à agir de manière spectaculaire. La fiction prend les commandes du réel. Germain va s’y brûler les ailes. Claude doit inventer une fin, et celle-ci ne peut être que tragique.
Comme dans « huit femmes », un précédent film de François Ozon, l’action se déroule pour l’essentiel dans le huis-clos d’une maison, ici celle des Raphas. Cette maison, pimpante, proprette, est parfois observée de l’extérieur comme un décor de théâtre ; celle qui l’anime de l’intérieur, Esther, est d’ailleurs décoratrice. Dans la dernière scène, Claude s’assied sur un banc aux côtés de Lucchini, défait par la vie, déchu de son travail et quitté par sa femme. Tous deux contemplent une façade d’immeuble, dont chaque appartement est éclairé. On croirait une ruche dont les alvéoles sont remplis du spectacle de la vie, tout prêt à surgir dans la fiction romanesque. On pense alors au « La vie mode d’emploi » de Georges Perec et son extraordinaire évocation de la vie des habitants d’un immeuble d’une rue imaginaire de Paris.