« Né quelque part », premier film de Mohamed Hamidi, porte un regard juste sur une famille algérienne que sépare la Méditerranée.
Farid (Tewfik Jallab) est un français, étudiant en droit, dont la petite amie, Audrey, est une jeune avocate française. De l’Algérie, pays de ses parents, il ne sait presque rien. Il comprend l’arabe, pour l’entendre parler dans l’appartement familial, mais il ne le pratique pas lui-même. Continuer la lecture de « Né quelque part »
France 2 a diffusé récemment « le premier jour du reste de ta vie », un film de Rémi Bezançon qui retrace l’histoire d’une famille sur une douzaine d’années.
Le film retrace cinq jours décisifs dans la vie de la famille Duval : Robert (Jacques Gamblin) et Marie-Jeanne (Zabou Breitman), les parents, Albert (Pio Marmaï), Raphaël (Marc André Grondin) et Fleur (Déborah François), les enfants. Albert quitte la famille pour s’installer en ville, Raphaël rencontre la femme de sa vie dans un concours de guitare virtuelle mais perd le numéro de téléphone qu’elle lui a laissé, le mariage d’Albert coïncide avec la mort de son grand-père et se transforme en catastrophe, Marie-Jeanne se blesse en voiture après une altercation avec Fleur… Le lendemain, rien ne sera plus comme avant, une autre vie commence. Continuer la lecture de « Le premier jour du reste de ta vie »
Déménagement, de Watford à Maubuisson. Photo « transhumances »
Dans The Guardian du 31 octobre, Suzanne Moore a écrit un article intitulé « déménager, ce sont ces boîtes pleines de choses bêtes qui me rappellent la maison ».
En anglais, « moving » signifie « déménager » mais aussi « émouvant ». « Finalement, dit Suzanne Moore, j’ai emménagé. Dans une nouvelle maison. Déménager, comme les gens vous disent joyeusement, est seulement un peu moins stressant que divorcer ou mourir. (…) Assise, comme je suis, au milieu de pyramides de boîtes en carton pleines de mes affaires flanquées là sans rime ni raison, je me sens dépassée. Déménager vous confronte avec toutes ces choses. Etrangement, ce ne sont pas les grands articles que les déménageurs ont transportés – le sofa et les lits – qui induisent la panique. Je sais pourquoi le les ai. Mais les petites. Une boîte seulement marquée « câbles ».
(…) Voici les dessins de mes enfants, mes propres gribouillages, toutes sortes de relations en couches de papier. Ouvrir les paquets du passé me fait sentir, moi aussi, comme du papier-bulles. Des ouragans se sont produits, mais j’ai été submergée dans le monde plus petit de la nidification.
(…) Les changements dans la manière dont nous vivons maintenant peuvent être mesurés par les boîtes. Mes enfants plus âgés sont présents physiquement dans des dossiers de photos et de peintures. Ces photos étaient confiées avec soin au laboratoire de développement et mises en circulation. La vie de mon troisième enfant est absente. C’est une fille numérique. Nous avons pris moins d’images d’elle, probablement plus en fait, mais elles vivent ailleurs. Elles ne pâlissent et n’écornent pas ces images, sinon comme un « effet » ; Est-ce que cela veut dire qu’elle aura moins d’affaires une fois adulte ? Je ne sais pas ».
Suzanne Moore conclut son article en observant que déménager dans une nouvelle maison est peut-être un luxe que sa génération a pu se permettre mais qui, pour beaucoup de jeunes aujourd’hui, est un rêve inaccessible.
En cadeau d’adieu à l’occasion de mon départ du Royaume Uni pour l’Aquitaine, mes collègues britanniques m’ont offert une anthologie de la poésie anglaise. Ils y ont marqué leurs poèmes préférés. J’ai retenu, de William Blake (1757 – 1827), le poème Jerusalem, tiré de son recueil Milton.
On trouve dans ce poème les thèmes et les images qui ont nourri la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques : une Angleterre de collines bucoliques, défigurée par les usines sataniques de la révolution industrielle ; le désir brûlant de construire Jérusalem dans la terre verte et plaisante de l’Angleterre, dans le ciel de laquelle les nuages de fumée s’écarteront pour le Chariot de feu.
L’Angleterre ne reviendra pas au temps du paradis perdu, et largement fantasmé. Mais dans les contorsions de l’histoire, elle n’a cessé de se battre pour construire une cité meilleure, Jérusalem sur la terre.
Jerusalem
And did those feet in ancient time
Walk upon England’s mountains green?
And was the holy Lamb of God
On England’s pleasant pastures seen?
And did the Countenance Divine
Shine forth upon our clouded hills?
And was Jerusalem builded here
Among these dark Satanic Mills?
Bring me my bow of burning gold:
Bring me my Arrows of desire:
Bring me my Spear: O clouds unfold!
Bring me my Chariot of fire
I will not cease from Mental Fight,
Nor shall my Sword sleep in my hand
Till we have built Jerusalem
In England’s green & pleasant Land
Et ces pieds dans l’ancien temps, ont-ils marché sur les vertes montagnes d’Angleterre ? Et a-t-on vu le saint Agneau de Dieu sur les plaisants pâturages d’Angleterre ? Et la Majesté Divine a-t-elle brillé au-dessus de nos collines nuageuses. Et Jérusalem a-t-elle été construite ici parmi ces sombres Usines Sataniques ? Apportez-moi mon arc d’or brûlant, apportez-moi mes flèches de désir, apportez-moi ma lance : Ô nuages, déplie-vous ! Apportez-moi mon Chariot de feu. Je n’abandonnerai pas mon Combat Mental, et mon glaive de dormira pas dans ma main jusqu’à ce que nous ayons construit Jérusalem dans la Terre verte et plaisante d’Angleterre.