120 battements par minute

« 120 battements par minute », film de Robin Campillo, retrace le combat d’Act-up au tournant des années quatre-vingts et quatre-vingt-dix pour le prise en charge des victimes du SIDA. Il a obtenu le Grand Prix du Festival de Cannes cette année.

Le cœur d’Act-up, qui bat donc à 120 pulsations par minute, est constitué par une réunion hebdomadaire, qui se tient en soirée dans un amphithéâtre universitaire. Les règles de prise de parole sont strictement encadrées. Afin de ne pas couper le rythme, on n’applaudit pas, on claque dans les doigts.

Les réunions sont présidées par Thibault (Antoine Reinartz), président d’Act-up ; elles sont gérées par deux modératrices impitoyables avec la discipline des débats, Éva (Aloïse Sauvage) et Sophie (Adèle Haenel). C’est là que sont décidées et organisées les actions coup-de-poing organisées par l’association pour diffuser au sein de l’opinion publique l’idée qu’il faut agir sans délai contre l’épidémie : épandage de faux sang contaminé dans les bureaux d’une société pharmaceutique qui tarde à dévoiler les résultats des tests sur un nouveau traitement ; irruption bruyante dans une conférence médicale ; slogans provoquants sur un char de la Gay Pride, etc.

Ce qui pousse les militants (« activistes ») d’Act-up à rompre les codes de la bienséance et à enfreindre la légalité, c’est la pression d’une urgence absolue. Sans cesse, des camarades tombent dans la maladie, luttent, sombrent et meurent. Il faut réveiller l’opinion publique, faire accélérer la recherche, faire prévaloir le bien commun sur les profits des laboratoires. Tous les moyens sont bons, et heureusement s’ils sont inventifs et joyeux.

Sean (Nahuel Perez Biscayart) militant de la première heure. Il a en charge le secteur prisons d’Act-Up. Lorsque le mouvement demandera l’incarcération des responsables du drame du sang contaminé, il s’y opposera de toutes ses forces, parce qu’on ne peut souhaiter la prison pour personne.

Ses forces, justement, lui manquent. Depuis quelques mois, il est tombé amoureux d’un autre militant, Nathan (Arnaud Valois). Nathan le convainc de venir vivre avec lui. Vivre pour y mourir. Le dernier acte de Sean est de combat : il demande que ses cendres soient versées sur les petits fours d’un cocktail d’assureurs.

Robin Campillo ne nous épargne ni les débats houleux de la réunion hebdomadaire, ni l’amour physique entre Sean et Nathan, ni l’agonie de Sean accompagné jusqu’au bout par son amant.

Ce film est dur. Le prix obtenu à Cannes est justifié. Il est dur, car la vie elle-même est dure et que beaucoup de militants d’Act-up, elle s’est achevée dans la peur et la souffrance avant que des traitements efficaces pour freiner la maladie soient disponibles.