1989, les trains de la liberté

Dans le cadre de la commémoration du vingt-cinquième anniversaire de la chute du Mur de Berlin, Arte TV a diffusé le 30 septembre un documentaire de Sebastian Dehnhardt et Matthias Schmidt : « 1989, les trains de la liberté ».

 À la fin de l’été 1989, des milliers d’Allemands de l’Est se réfugient dans les ambassades de la République Fédérale auprès de pays membres du Pacte de Varsovie, à Budapest, Prague, Sofia et Varsovie.

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En octobre, la situation à l’ambassade de la FRA à Prague devient insoutenable. Trois mille réfugiés s’y entassent, hommes, femmes, enfants et bébés. Beaucoup dorment dehors sous des abris de toile. Les conditions sanitaires sont déplorables.

 Pour la RDA, qui fête en grande pompe son quarantième anniversaire, les images de citoyens prêts à tout pour la fuir sont insupportables. Après avoir nié la réalité, le pouvoir doit bien l’admettre. On organisera des trains vers la Bavière, mais ceux-ci devront transiter par le territoire de la RDA, dont les indésirables seront privés de la nationalité et expulsés.

 Le documentaire de Dehnhardt et Schmidt est à la fois informatif et émouvant. Trois aspects ont particulièrement attiré mon attention.

 Il s’agit d’abord de l’extraordinaire résolution des fuyards. L’un d’entre eux, qui s’est glissé dans un train lors d’un arrêt en gare, dit qu’il était prêt à tuer qui l’en aurait empêché. Tous laissent derrière eux famille, métier, voiture, appartement. Dans une gare d’Allemagne de l’Est, on jette par la fenêtre marks est-allemands et trousseaux de clé : défi contre un régime honni, volonté de recommencer sa vie de zéro.

 On notera aussi l’héroïsme de l’ambassadeur d’Allemagne Fédérale à Prague, traitant les réfugiés comme « ses invités », venant chaque matin s’enquérir de leurs nouvelles et prenant avec humour l’obligation de se déplacer chaussé de bottes y compris dans son bureau en raison de la boue charriée par les milliers d’occupants par temps de pluie.

 Enfin, c’est la cécité du pouvoir dirigé par Erich Honecker qui frappe. Pendant des semaines, il refuse de chercher des solutions à un problème qui ne peut exister, puisque la RDA est un paradis sur terre. Lorsque, sous la pression des Russes, il faut bien faire quelque chose, il marque sa souveraineté en obligeant les trains à transiter par la RDA sur des centaines de kilomètres. Comme le dit l’alors ministre fédéral des affaires étrangères, c’était comme faire passer des trains chargés de citernes d’essence dans un pays en flamme. Des incidents violents éclatent à proximité des gares de Dresde et d’autres villes ; La police n’a pas le dessus face au nombre. Le rapport de force s’inverse. La chute du mur de Berlin est proche.