Faut-il construire de nouvelles places de prison ?

Il y a quelques jours, le premier ministre Manuel Valls et le ministre de la justice Jean-Jacques Urvoas ont visité la prison de Nîmes. Ils ont annoncé des mesures pour faire face à l’accroissement de la population carcérale à moyen terme. Mais combien coûte la construction d’une nouvelle prison ? Le renforcement du suivi en milieu ouvert ne serait-il pas plus économique ?

Il convient de saluer le fait que les deux ministres ont consacré quatre heures à la prison de Nîmes, l’une des plus surpeuplées de France, 406 détenus pour 192 places. Cette visite fait suite au signal d’alarme récemment lancé par Jean-Jacques Urvoas dans l’Express.

M. Valls a indiqué que « des réflexions sont en cours qui permettront de faire face à l’accroissement de la population carcérale à moyen terme ».

Il faut relever que le premier ministre et le ministre de la justice concordent sur le fait que la population carcérale (donc le nombre de personnes derrière les barreaux) s’accroîtra dans l’avenir et qu’il faudra construire de nouvelles prisons. En Grande-Bretagne, le coût de ces nouveaux équipements semble si exorbitant que le pays ferme des prisons vétustes, ne les remplace pas et s’efforce de diminuer le nombre de personnes détenues en renforçant le suivi en milieu ouvert. Qu’en est-il en France ?

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MM. Valls et Urvoas à la prison de Nîmes

 

Coût de construction d’une place de prison : 160.000€

 En novembre 2014, le premier ministre avait confié à Dominique Rambourg, député de Loire Atlantique, un rapport sur l’encellulement individuel. Ce rapport, intitulé « encellulement individuel, faire de la prison un outil de justice » contient de précieux renseignements.

 Le coût de construction par place d’une nouvelle prison jusqu’à sa mise en service dépend du nombre de places : 310.000€ pour une prison de 95 places, 180.000€ pour une prison de 342 places, 149.000€ pour une prison de 514 places et 130.000€ pour une prison de 682 places, soit un coût moyen de 160.000€ par place en 2014.

Le prix d’une journée de détention dépend du mode de gestion (publique, déléguée, partenariat public privé…) mais surtout du type d’établissement : 76,55€ en maison d’arrêt, 93,57€ en centre de détention, 179,02€ en maison centrale, soit 87,05€ en moyenne en 2014.

La création, proposée par le président du parti Les Républicains, de 20.000 places de prison coûterait donc, sur 5 ans, 160.000€ d’investissement initial et 159.000€ de frais d’hébergement (87.05€ x 365 jours x 5ans), soit environ 320.000€ par place. Le coût total sur 5 ans pour 20.000 places serait donc de 6,4 milliards d’euros.

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Un investissement alternatif : le suivi d’insertion et de probation

Imaginons que, comme aux Pays-Bas ou en Allemagne, on investisse au contraire sur l’insertion et la probation. Supposons que le coût annuel d’un conseiller d’insertion et de probation soit de 200.000€ (salaire, charges salariales, coût de structure inclus) ; supposons que chaque conseiller suive 50 personnes sous main de justice (au lieu de plus de 100 actuellement). Quel serait le coût du suivi de 20.000 personnes sous main de justice non incarcérées mais rigoureusement suivies ? Il faudrait recruter 400 conseillers, pour un coût total sur 5 ans de 400 millions d’euros (5 ans x 400 conseillers x 200.000€).

Coût de 20.000 nouvelles places de prison, dans les conditions actuelles et donc sans prendre en compte l’objectif d’encellulement individuel : 6.4 milliards d’euros. Coût d’un suivi en milieu ouvert de 20.000 personnes supplémentaires sous main de justice : 400 millions d’euros, soit 16 fois moins que le coût de nouvelles prisons.

Jean-Jacques Urvoas a annoncé qu’il présenterait en septembre deux rapports : l’un sur l’encellulement individuel, l’autre sur la réforme pénale de 2014, qui instituait des peines alternatives à la prison.

Les préférences du premier ministre vont, à n’en pas douter vers une extension du parc pénitentiaire. À Nîmes, il a indiqué que « des pistes seront présentées à l’automne, avec un plan spécifique, concret, précis, financé – car par le passé il y a eu tant d’annonces mais jamais financées – sur le parc pénitentiaire. » 

Espérons que ce chiffrage le fasse revenir à la raison. Il faudra certes investir dans le parc immobilier carcéral pour rénover ou remplacer des bâtiments obsolètes. Mais en temps de vigilance budgétaire, l’heure n’est pas à la construction de nouvelles places de prison, mais à une politique résolue et ambitieuse d’encadrement des auteurs de délit en milieu ouvert.

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Première participation de la Pénitentiaire au défilé du 14 juillet à Paris