Aimer, boire et chanter

« Aimer, boire et chanter », le dernier film d’Alain Resnais qui vient de mourir à l’âge de 91 ans, met aux prises trois couples dont l’équilibre va être menacé par un absent, « George », qui se sait condamné par la médecine mais entend faire de ses derniers mois un feu d’artifice.

 Le film est tiré d’une pièce de théâtre du Britannique Alan Ayckbourn, « Life of Riley ». Il s’agit d’ailleurs presque de théâtre filmé. Chaque scène est construite de la même manière : une jolie route du Yorkshire, des dessins représentant l’extérieur des maisons où se déroule l’action, les comédiens installés dans des décors en toc, où les portes sont remplacées par des rideaux que l’on écarte. On peut même parler de théâtre dans le théâtre. Les personnages répètent une pièce qu’ils donneront dans quelques semaines.

 

Caroline Silhol, Sandrine Kiberlain et Sabine Azéma dans "Aimer boire et chanter"

Caroline Silhol, Sandrine Kiberlain et Sabine Azéma dans « Aimer boire et chanter »

« Transhumances » avant rendu compte d’une jolie pièce d’Alan Ayckbourn, « Time of my life ». Elle racontait un dîner d’anniversaire, dont le cadeau était une horloge. La pièce était construite en vingt scènes, dix sur le dîner, cinq remontant le temps et cinq se projetant dans le futur. Dans « Life of Riley », et donc dans le film de Riley, l’un des personnages, Colin (Hippolyte Girardot) est un maniaque du temps et s’efforce, en vain, de synchroniser les diverses horloges anciennes qui meublent sa maison.

 Le temps, précisément, est compté pour George Riley, ami deux couples, Colin et Kathryn (Sabine Azéma) et Jack et Tamara (Michel Vuillermoz et Caroline Silhol). Il n’en a plus que pour quelques mois à vivre. Pour lui offrir une diversion, ses amis lui proposent un rôle dans la pièce qu’ils sont en train de répéter.

 Le spectateur ne verra jamais George. Mais on comprend qu’il entend passer du bon temps entouré de son épouse Monica (Sandrine Kiberlain), dont il est séparé et qui vit maintenant avec un agriculteur, Simeon (André Dussollier) ; Kathryn, qui fut son amante de jeunesse ; Tamara, la femme désirable de son meilleur ami Jack ; et même Tilly, leur fille de seize ans.

 La dernière scène montre Tilly déposant sur le cercueil de George une carte postale représentant la mort. Une jolie sortie de scène pour Alain Resnais.