Algérie mon amour

France 5 a récemment diffusé, dans le cadre de sa série « le monde en face », un documentaire de Mustapha Kessous sur le « hirak » algérien : « Algérie mon amour ».

Depuis l’annonce d’une cinquième candidature d’Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la République, le peuple algérien est descendu massivement dans la rue. La présentation d’une photo encadrée du candidat impotent fut ressentie comme un outrage.

Face à la marée humaine qui occupait les villes d’Algérie, l’armée, réel détenteur du pouvoir, obligea Bouteflika à renoncer et engagea des poursuites judiciaires pour corruption contre plusieurs de ses proches. Mais le « hirak » (le mouvement) continua, chaque vendredi, avec l’exigence d’un changement radical : « système dégage », « généraux à la poubelle ».

Le reportage de Mustapha Kessous donne la parole à cinq jeunes algériens entre 20 et 30 ans : Anis, étudiant en informatique à Alger ; Mehdi, ingénieur en génie civil à Oran, au chômage ; Sonia, psychiatre à Tizi-Ouzou ; Athmane, avocat à Tizi-Ouzou ; Hania, technicienne de cinéma.

Ils disent leur surprise de voir le peuple, assommé par la décennie noire des années 1990, se réveiller et refuser ce qu’on voulait lui imposer. Ils expriment leur enthousiasme : peut-être est-il possible de renverser un système qui a volé aux Algériens leur indépendance, de mettre de côté les prédateurs et de faire apparaître des dirigeants attachés à la démocratie et au bien public ?

La fin du reportage diffuse une note pessimiste. Le régime résiste. Il a réussi à faire élire en décembre 2019 un président de la République issu de ses rangs, certes avec 60% d’abstention, mais en place malgré tout. Le chômage des jeunes reste massif. L’interdit de l’amour hors mariage est pesant, alors que le mariage reste un luxe que beaucoup ne peuvent s’offrir. La question d’émigrer se pose avec force.

Anis

La situation s’est fortement détériorée après le montage du reportage. La crise sanitaire mondiale a fait s’effondrer le prix du pétrole et par conséquent les exportations de l’Algérie. Les mesures de confinement ont eu raison des manifestations. On aimerait revoir Anis, Mehdi, Sonia, Athmane et Hania dans quelques mois.

La diffusion de ce reportage a fait polémique dans l’opinion algérienne. Il est vrai que les héros « d’Algérie mon amour » sont des gens instruits qui s’expriment en français et qu’on ne peut les considérer comme représentatifs de l’opinion publique dans leur pays. Il reste que leur témoignage est passionnant, leur regard critique sur leur pays intéressant et leur amour pour leur patrie bouleversant.

Sonia