Amish, vie secrète

France 5 a diffusé le 18 juin un remarquable documentaire de la BBC, « Amish, une vie secrète » qui nous plonge au cœur d’une famille Amish et, peut-être, d’un schisme en train de naître au sein de cette religion.

 Primé aux BAFTA en Grande Bretagne l’an dernier, « Amish, une vie secrète » a été produit par la BBC, écrit par Sean Mackensie et réalisé par Lynn Alleway.

 Les Amish sont une secte protestante née en Alsace à la fin du dix-septième siècle, qui s’est implantée en Pennsylvanie en raison des persécutions religieuses. Ils sont actuellement environ 250.000 dans plusieurs états des Etats-Unis. Ils se caractérisent par une forte identité propre et notamment par le refus de la modernité : ils n’utilisent ni la voiture ni le tracteur, n’ont pas le téléphone dans la maison, ne sont pas connectés aux réseaux de l’électricité, de la télévision et de l’internet.

 Un couple d’Amish du comté de Lancaster en Pennsylvanie, David et Myriam Lapp, ont accepté qu’une équipe de tournage les suive pendant plusieurs mois. On sent bien que l’utilisation au lieu de voiture d’un buggy attelé à un cheval (le véhicule est toutefois équipé d’un warning) et les attributs vestimentaires (canotier et bretelles pour les hommes, robe ample et coiffe paysanne pour les femmes) n’ont pas d’importance en eux-mêmes. Ils créent une distance protectrice de l’intimité de la famille et de sa vie spirituelle.

 Chaque repas est précédé d’une longue action de grâce pendant laquelle le père de famille recommande à Dieu chaque personne. Une scène touchante du film montre le fils aîné, Jacob, une dizaine d’années, dire la prière en l’absence de son père qui est parti au travail : il ne récite pas une antienne pré-écrite ; il dit à Dieu ce qu’il a dans le cœur et confie à sa bienveillance ses proches et aussi les enfants qui n’ont rien à manger.

 La famille Lapp est traditionnelle. Myriam se dit soumise à son mari, et heureuse de l’être car c’est ce que Dieu demande dans la Bible. David semble étonné qu’on l’interroge sur la contraception et ne connaître que vaguement le contrôle des naissances. Ils accueilleront volontiers tous les enfants que Dieu leur donnera. Si possible, jusqu’à remplir le carquois (12 flèches), dit Myriam.

 Pourtant, en acceptant d’accueillir une équipe de tournage, ils prennent le risque de l’excommunication, c’est-à-dire celui que des proches rompent définitivement avec eux. Ils pensent en effet que le Christ les envoie en mission, et que le film peut porter sa parole jusqu’aux extrémités de la terre. Ils reçoivent aussi fraternellement des excommuniés : cette faiblesse est impardonnable pour certains responsables de la communauté, et mérite l’exclusion. David et Myriam passent outre à l’interdiction, car ils croient que la Bible les appelle à la charité plus qu’au respect de règles de vie intangibles.

 David, Myriam et leurs cinq enfants ont manifestement un charisme et une foi communicative. Ils sont peut-être en train de créer un schisme au sein du Vieil Ordre Amish, replaçant le souffle évangélique au cœur de la communauté et relativisant l’importance des rites extérieurs. Des réformateurs spirituels n’apparaissent-il pas dans l’histoire au cœur des grandes religions ? Le documentaire de Sean Mackensie et Lynn Alleway nous donne à voir, avec un pudeur et respect, l’émergence d’un de ces mouvements.

David et Myriam Lapp et leurs enfants

David et Myriam Lapp et leurs enfants