Aquarius

« Aquarius », film brésilien de Kleber Mendonça Filhos, raconte la résistance d’une femme à l’éviction de son logement par des promoteurs immobiliers.

Clara (Sonia Braga), une femme d’une soixantaine d’années, habite un bel appartement dans un petit immeuble du front de mer à Recife. Outre sa situation exceptionnelle, qui lui permet d’aller se baigner à toute heure et par tout temps à l’océan, Clara est viscéralement attachée à cette demeure où ses enfants ont grandi, où elle a victorieusement lutté contre un cancer du sein et où elle a perdu son mari, décédé il y a dix-sept ans.

Clara est émotionnellement liée aux objets. Elle entretient une collection de dizaines de disques vinyle. Pour rien au monde elle ne quitterait ce lieu qu’elle aime.

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Or, l’entreprise de construction Bonfim entend raser l’immeuble pour construire une tour. Le projet s’annonce juteux, si ce n’était la résistance obstinée de ce petit bout de femme qui ne consent même pas à lire les propositions alléchantes qu’on lui fait pour qu’elle déguerpisse enfin.

Le promoteur a racheté tous les autres appartements. Le harcèlement peut commencer : direct (l’organisation d’une partouze mémorable dans l’appartement au-dessus de celui de Clara) et indirect (pression sur les enfants de Clara). On fait passer Clara pour folle, mais on l’admire aussi. Et elle résiste et résiste encore.

« Aquarius » (du nom de l’immeuble de Clara) est un film remarquable. Il nous fait pénétrer dans la vie de Clara, sa longue solitude ; sa relation ambigüe d’employeur – amie avec son employée de maison, Ladjane ; sa joie d’être grand-mère d’un petit Pedro ; sa relation privilégiée avec son neveu Tomas.

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Nous la voyons, frêle mais extraordinairement solide, tenir tête à Diego Bonfim (Humberto Carrão), un jeune homme à la figure de poupon qui, derrière une courtoisie de façade, cache la rapacité implacable des entrepreneurs formés par les business schools nord-américaines.

On se souviendra de plusieurs scènes remarquables. Celle où Clara démasque l’hypocrisie derrière les « manières bien élevées » de Diego et de son grand-père ; l’affrontement entre Clara et sa ville Ana Paula (Mae Jenkins) à propos de l’appartement ; ou encore le flirt poussé de Clara avec un fringant sexagénaire, interrompu lorsque celui-ci découvre que sa partenaire a été amputée d’un sein.

Aquarius est un beau film, vraiment.

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