Aux Pays-Bas, des prisons ferment

Le magazine d’information numérique « 8ͤ étage » a publié le 18 juillet un article intitulé : « Pays-Bas : les prisons mettent la clé sous la porte faute de prisonniers ».

 L’article mentionne qu’entre 2011 et 2015, les prisons néerlandaises ont perdu 27% de leur population. Les Pays-Bas possèdent l’un des taux d’emprisonnement les plus faibles d’Europe avec 57 détenus pour 100 000 habitants contre 123 en France (à noter que selon le rapport Raimbourg, cité plus loin, ces chiffres seraient respectivement de 67 et 102 détenus pour 100 000 habitants).

En 2013, 13 prisons ont « mis la clé sous la porte ». Certaines sont promises à la destruction, d’autres ont été reconverties pour l’accueil de réfugiés ou même, comme à Ruremonde, en hôtel de luxe.

« 8ͤ étage » poursuit : « dès 2009, le ministère de la Justice a commencé à louer des cellules à la Belgique en manque d’espace carcéral. Depuis l’année dernière, la Norvège suit l’exemple belge à la prison de Veenhuizen où un directeur norvégien encadre des geôliers néerlandais chargés de surveiller 242 détenus condamnés en Norvège. La loi pénale norvégienne y étant appliquée, les détenus ont les mêmes droits que s’ils étaient incarcérés dans leur pays, explique le tabloïd norvégien VG. Cette entente, qui doit durer trois ans, permettra aux Pays-Bas d’engranger 25,5 millions d’euros par an. Des locations qui visent également à préserver les emplois des gardiens de prison qui sont encore près de 9 000 aux Pays-Bas ».

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Photo publiée dans « 8° étage »

Cette situation résulte d’une politique pénale qui préfère le suivi en milieu ouvert à l’incarcération. Le magazine souligne que « le nombre de jeunes de moins de 17 ans incarcérés dans des centres de détention juvénile a diminué de 55% depuis l’application de cette nouvelle politique. Le nombre d’emprisonnements de jeunes adultes de 18 à 22 ans a quant à lui baissé de 44%. »

Ce que certains en France qualifieraient de laxisme n’a pas entraîné une augmentation de la délinquance. Au contraire, celle-ci ne cesse de diminuer, à un rythme annuel de 0 ,9%, entraînant à son tour une baisse de la population incarcérée.

Le rapport Raimbourg (« encellulement individuel, faire de la prison un outil de justice », 2014) évoque la situation aux Pays-Bas. Il apporte un éclairage intéressant. En effet, les Pays-Bas incarcèrent davantage que la France : le taux d’entrée en prison s’y établit en effet à 240 pour 100.000 habitants contre 135 pour la France. Ce qui fait la différence, c’est la durée des peines : 3,5 mois en moyenne aux Pays-Bas, et 8,8 mois ou 10,4 mois en France selon l’indicateur retenu.

Outre la volonté de privilégier le suivi en milieu ouvert, d’autres raisons peuvent expliquer la décroissance de la population carcérale aux Pays-Bas : une plus grande efficacité de la justice (qui réduirait la durée de la prison préventive), et aussi une plus grande conscience de l’effet déstructurant de trop longues peines sur les condamnés.