Aux Pays-Bas, vivre avec les rivières

Dans the Observer du 16 février, Tracy McVeigh signe un article intitulé « la solution hollandaise aux inondations : vivez avec l’eau, ne la combattez pas.

 Les dramatiques inondations en Bretagne et en Grande Bretagne posent un problème immédiat aux hommes politiques. Au Royaume Uni, David Cameron paye cher la réduction de 20% des crédits de l’Agence de l’Environnement. Mais le principal enjeu est à moyen terme : quelle politique mener, alors que le changement climatique rend les phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus probables.

 

Fermes Kamerick aux Pays-Bas. Photo The Observer

Fermes Kamerick aux Pays-Bas. Photo The Observer

Tracy McVeigh examine le cas des Pays Bas. Voici un pays dont près de la moitié de la population vit au dessous du niveau de la mer. Un pays qui a construit ses premières digues il y a 1.000 ans et ses premières stations de pompage mues par l’énergie éolienne au quatorzième siècle.

 Le pays fut dévasté par la rupture des digues en 1953, qui causa 1.800 morts et d’immenses dégâts. Mais un rapport de 1977 qui mettait en évidence la faiblesse des digues ne fut pas pris en considération, car il recommandait la destruction de maisons. Il fallut attendre les inondations de 1993 et de nouveau 1995, lorsque 200.000 personnes furent évacuées et des centaines de têtes de bétail périrent, pour que les plans soient exécutés.

 L’agence « De la place pour la rivière » a été instituée en 1996 et travaille avec un budget annuel de 2,2 milliards d’euros. La philosophie est de donner aux quatre rivières qui traversent les Pays Bas de l’espace pour accueillir un surcroît de débit : créer des espaces inondables, élargir le lit des cours d’eau, accroître le gabarit des dérivations. Il faut vivre avec l’eau plutôt que de la combattre.

 Le programme comporte des expropriations. Celles-ci ne sont pas facilement acceptées par ceux qui vivent dans la même maison depuis des générations. Mais, à force de dialogue, les paysans expropriés finissent par se résoudre à partir. On ne les aide pas financièrement, mais on travaille avec eux pour trouver un nouvel emplacement. Sur place, on construit les nouveaux corps de ferme sur des talus artificiels, ce qui les met à l’abri en cas de débordement des rivières.

 Ce travail sur les rivières est complémentaire du renforcement des digues côtières. Une autre voie de lutte contre les inondations, plus anecdotique pour le moment, est le développement d’habitats flottants, au sens de maisons construites sur des canaux, ou installées sur la terre ferme en zone inondable et capables de flotter en cas débordement de la rivière.

 Il n’y a pas de doute que l’expérience hollandaise va être suivie de près au Royaume-Uni, où les inondations sont un désastre national. Puisse-t-elle aussi inspirer les politiciens français, alors que le phénomène est encore perçu chez nous comme limité à une région.

Inondation à Redon

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