Bardot amoureuse

FR3 a récemment diffusé un documentaire de Rachel Kahn et Virginie Linhart intitulé « Bardot amoureuse ».

Le film couvre la période qui va de la naissance de Brigitte Bardot (1934) à sa renonciation au cinéma (1973).

Peu de personnes ont été autant photographiées et filmées que Brigitte Bardot. Les réalisatrices utilisent largement des extraits de films et des archives de télévision. Plus intéressant encore : le père de Brigitte, Louis Bardot, un industriel, a tourné des dizaines d’heures de films sur sa vie familiale.

« Bardot amoureuse » s’intéresse à la vie sentimentale et sexuelle de « B.B. ». Elle vécut des relations passionnées avec des hommes peu ordinaires : Trintignant, Bécaud, Distel, Sami Frey, Gainsbourg… Quand elle sentait que l’amour s’éteignait, elle les quittait sur la pointe des pieds, les laissant découvrir, par hasard, leur infortune.

Brigitte avait un besoin irrépressible d’être désirée et aimée par les hommes. Elle mettait son corps en scène. Immobile, elle jouait sur la nudité et le vêtement, cheveux déliés, lèvres ouvertes. En mouvement, elle avait la lenteur et la légèreté d’un félin : héritage d’années de pratique de la danse classique ; conséquence, peut-être aussi, d’une quasi-myopie de l’œil gauche qui altérait sa perception de l’espace.

En amour donc, il n’était pas question de prudence. Brigitte fonçait tête baissée, au risque de se faire mal et de blesser ceux qu’elle aimait. Elle se reconnaissait inapte à la maternité. Elle fit plusieurs tentatives de suicide.

Pourquoi ce déséquilibre psychique profond ? Il remonte, suggèrent les réalisatrices, à l’enfance. Fille d’une mère autocentrée avare de manifestations d’amour, elle fut sans cesse à la recherche de la tendresse qui lui avait été refusée dans l’enfance. Un jour, Brigitte et sa petite sœur cassèrent un précieux vase de Chine. Leur père les battit sévèrement. Il leur dit « vous n’êtes plus dignes de faire partie de la famille, vous êtes des étrangères, à partir de maintenant vous nous vouvoierez ».

On a souvent qualifié Brigitte Bardot de poupée dérivant à la surface des choses. C’est au contraire sa profonde intériorité torturée qui s’impose à l’esprit. Dans « la vérité » de Clouzot ou « le mépris » de Godard, elle apparait comme une actrice magistrale parce qu’elle ne joue pas, qu’elle se contente d’être là, elle-même, simplement.

Lorsque lasse de la célébrité et des paparazzi, consciente de ce que sa beauté se ternissait, elle décida à l’âge de 39 ans de faire ses adieux au cinéma pour se consacrer à la cause animale, sa décision était irrévocable. La décision d’une femme fragile mais indéracinable.