Barry Lyndon

Arte TV a récemment diffusé « Barry Lyndon », chef d’œuvre de Stanley Kubrick (1975).

Vers 1740, le jeune Redmond Barry (Ryan O’Neal), orphelin de père, vit avec sa mère dans un village irlandais. Il est accueilli à sa table par un oncle, un hobereau menacé de faillite. Pour restaurer ses finances, celui-ci donne en mariage à un officier anglais la jeune femme qu’aime Redmond.

Ces frustrations accumulées seront le carburant d’une colère qui animera Redmond toute sa vie. Il n’a peur de rien, duels, usurpation d’identité, champs de bataille. La première partie du film montre son incroyable ascension jusqu’au lit de la comtesse Lyndon (Marise Berenson), épouse d’un vieillard, qu’il épousera après la mort de celui-ci et dont il aura un fils, Bryan.

Devenu Barry Lyndon, son ambition cynique se retourne contre lui. Des intrigants profitent de son désir de reconnaissance par un titre de noblesse pour lui soutirer une fortune. Mais surtout, il se crée un ennemi acharné : Lord Bullingdon (Leon Vitali), premier fils de la Comtesse. Lorsque l’héritier reprend possession de son domaine, Barry Lyndon, appauvri et désespéré, est contraint à l’exil.

Deux fois dans le film, la carapace que s’est fabriquée Barry se fissure. Une première fois, lorsqu’envoyé par le ministère de l’intérieur prussien comme espion chez le Chevalier de Balibari (Patrick Magee), son compatriote irlandais, il s’effondre et passe à son service. Bien lui en prend, car son nouveau maître et lui deviennent des professionnels du jeu de carte, arnaques incluses, dans les casinos européens. La seconde fois, lorsque son fils bien-aimé meurt d’un accident de cheval. La scène de la mort de l’enfant est déchirante. Elle marque le début de la catastrophe pour Barry, qui sombre dans l’alcoolisme.

Le film de Stanley Kubrick nous plonge dans une Europe éprouvée par la guerre de sept ans (1756-1763). La fidélité de la reconstitution historique est saisissante. La photographie des paysages, en Irlande et en Allemagne, relève de l’œuvre d’art. La bande sonore contribue à une ambiance épique et sombre. La saga de Redmond Barry devenu Lyndon est inoubliable.