Bénévolat

Le rôle des bénévoles dans les organisations caritatives est parfois interprété de manière contradictoire. Une expérience dans un centre d’accueil de migrants en fournit une illustration.

De nombreux centres d’accueil et d’orientation ont été ouverts en France pour offrir aux migrants délogés de Calais un moment de tranquillité et leur permettre d’avancer dans leur demande d’asile politique. L’un de ces centres a été ouvert en octobre en Aquitaine, dans une station touristique proche de l’océan. Il occupe un ancien centre de vacances en pleine forêt, abandonné pendant plusieurs années pour cause de désamiantage. Sa gestion a été confiée à une ONG française luttant contre la pauvreté.

Un appel à bénévoles a été lancé. Bien qu’une campagne contre l’accueil des migrants se fût déroulée au long de l’été, une trentaine de bénévoles se manifestèrent. Une réunion fut organisée avec les permanentes, deux jeunes femmes dynamiques et chaleureuses. Celles-ci devaient faire face à une quantité de problèmes, depuis la mise en route d’une structure désaffectée depuis longtemps jusqu’à l’affectation des logements aux familles et aux célibataires accueillis et à l’approvisionnement du centre en pain et en nourriture.

Bénévoles pour le téléthon

Professeur de FLE improvisé

Les bénévoles étaient bienvenus. Il fallait entretenir et équiper les locaux ; recevoir, trier et distribuer des vêtements ; et en priorité, donner aux pensionnaires des rudiments de langue française.

C’est ainsi que je me suis improvisé, en binôme avec un autre volontaire, professeur de français langue étrangère, FLE. Pendant plusieurs semaines, nos cours d’une heure et demie le mercredi matin accueillirent le tout-venant. Chacun, adulte ou enfant, débutant ou connaissant un peu notre langue, était bienvenu, dès lors qu’il était ponctuel ou que son retard n’excédait pas le « quart d’heure bordelais ». Nous nous sommes efforcés d’avancer progressivement, en commençant par les verbes du premier groupe, « être » et « avoir ».

Notre principale difficulté a été la prononciation. Pour nos élèves soudanais, iraniens ou kosovars, la prononciation du « u » français n’avait rien d’évident. Distinguer le dessus et le dessous n’a été possible qu’après avoir chanté le son « u » comme issu d’une sirène et une débauche de répétitions.

Bénévoles au festival des Vieilles Charrues

La réunion des bénévoles se fait attendre

Peu à peu, le centre s’est structuré. Des groupes de niveau ont été créés, les enfants ont eu leur groupe à eux. Un partenariat a été signé avec une association d’enseignants, qui apporteront le professionnalisme qui nous faisait défaut.

Un projet de réunion des bénévoles s’éternise. Il faut trouver une salle, on ne la trouve pas. Des semaines après le démarrage, elle n’a pas été organisée. Je m’enquiers auprès de la directrice. Elle me dit qu’une telle réunion ne pourrait se tenir qu’hors du centre d’hébergement et sans la participation du personnel salarié ; que les bénévoles ne devaient pas recevoir d’information sur la marche du centre, et que, selon la convention de bénévolat qu’ils avaient signée, ils devaient se contenter de pratiquer l’activité qui leur était assignée.

Je ne me reconnais pas dans cette conception du bénévolat. Il me semble souhaitable que les bénévoles fassent équipe entre eux et avec les permanents salariés, chacun dans son rôle spécifique, mais néanmoins acteur d’un projet commun. Plus spécifiquement, il ne me semble pas envisageable d’exercer correctement une activité de bénévole au service des migrants sans des réunions régulières associant permanents et bénévoles, dans lesquelles seraient données des informations générales sur la marche du centre, partagées les expériences et exprimées les questions qui se posent aux uns et aux autres.

Le fossé qui s’est ainsi manifesté dans la conception du bénévolat m’a amené à donner ma démission. Je regretterai profondément la relation qui commençait à se consolider avec Ehsan, Umsalama ou Awatif, si concentrés sur l’apprivoisement à un monde nouveau.

Bénévoles pour la Fédération Française de Football

Suspicion

J’avais perçu dès le départ un différend. Les permanentes nous disaient qu’elles comprenaient qu’étant bénévoles, nous n’avions aucune obligation et que nous pouvions nous absenter à notre gré. Ce n’était pas mon opinion : certes, nous n’étions pas rémunérés, mais nous avions l’obligation morale d’être présents et de tout faire pour que les pensionnaires du CAO progressent dans leur chemin d’intégration. Mais aucune obligation de résultat n’était attendue de nous.

J’ai vécu en Grande-Bretagne, pays où les bénévoles, « volunteers », sont totalement intégrés dans le fonctionnement des institutions caritatives. Une institution comme le National Trust, en charge de la sauvegarde du patrimoine, travaille avec des milliers de bénévoles. En France, au contraire, on constate une suspicion généralisée : les bénévoles feraient, gratuitement, le travail des salariés. Leur présence supprimerait des emplois, elle exercerait une pression illégitime sur le niveau des salaires. Elle permettrait à l’État de s’abstenir des prestations de soutien aux plus pauvres qu’il lui incomberait de fournir.

Bénévoles pour le National Trust

Pour une évolution des mentalités

Une génération de retraités disposant de revenus suffisants et en bonne santé est prête à prendre des responsabilités gratuitement. L’endettement de l’État représente un an de production nationale, et il lui faudrait réduire ses dépenses. Rien n’y fait, les vieilles idées ont la vie longue, et les bénévoles sont encore souvent éloignés à bout de gaffe.

Je vis dans un autre domaine, celui des prisons, une situation plus favorable. Les visiteurs et autres intervenants extérieurs bénévoles sont en général bien accueillis. Une évolution des mentalités est en cours. Elle est bienvenue.