Beppe Grillo, l’antisystème italien

 

Beppe Grillo

L’inconnue de l’élection parlementaire italienne de ce week-end est le score du M5S de l’humoriste Beppe Grillo.

 Le MoVimento 5 Stelle (MouVement 5 Etoiles) pourrait rallier 20% des voix à l’élection du Parlement italien. Le « V » majuscule est à la fois symbole de victoire et la première lettre de « vaffanculo », « va te faire foutre » en français. Le M5S a été créé par l’humoriste Beppe Grillo, avec pour objectif de nettoyer les écuries d’Augias de l’Etat italien qualifié de bureaucratique, surdimensionné, coûteux et inefficace.

 Beppe Grillo évoque pour les français Coluche, qui s’était brièvement présenté à l’élection présidentielle pour « sortir les sortants » ; Jean-Luc Mélanchon pour ses qualités de tribun et sa capacité à rassembler en meeting des foules énormes ; et aussi Ségolène Royal pour son appel à la démocratie directe par Internet. Il dédaigne les plateaux de télévision mais occupe les journaux télévisés qui se délectent de ses bons mots et accordent une large place à ses meetings. Sur la Place du Duomo à  Milan, le prix Nobel de Littérature Dario Fo a déclaré devant environ 30.000 personnes : « cette manifestation m’en rappelle une semblable en 1945, au lendemain de la guerre ; mais alors nous avons échoué à construire l’Italie que nous voulions. Essayez, n’abandonnez pas, retournez l’Italie ! »

 Le programme du M5S est construit autour de sept chapitres, dont l’ordre est indicatif des priorités : Etat et citoyens, énergie, information, économie, transports, santé et instruction. Le fil rouge est la réforme de l’Etat, avec la disparition des provinces, le non cumul des mandats, le plafonnement des rémunérations des élus, la suppression du financement public des partis politiques. Le programme a aussi une forte teinte écologique, avec une insistance étonnante sur l’isolement thermique des bâtiments ; il recommande aussi la promotion de circuits de distribution courts. Les enquêtes montrent que le cœur de l’électorat du M5S réside dans les déçus de Berlusconi, qui trouvent dans le programme une inspiration antiétatique et libérale qu’ils jugent tarie dans le Parti des Libertés ; et dans l’électorat de gauche qui soupçonne le PDS de Bersani de corruption et de collusion avec les banques.

 Les sondages accordent au PDS une majorité absolue au Parlement mais non au Sénat, ce qui pose une hypothèque sur la gouvernabilité du pays. Le comportement des futurs élus du M5S, désignés par des primaires sur Internet et dotés d’un programme populiste, idéologique et non chiffré, pourrait se révéler un facteur important de la vie politique italienne dans les mois à venir.

Beppe Grillo et Dario Fo en meeting à Milan