Biomimétisme

Dans « biomimétisme, quand la nature inspire des innovations durables » (1997, édition française par Rue de l’Échiquier, 2011), Janine M. Benyus se fait l’avocate d’un changement radical de notre approche de la technologie : au lieu de tenter de maîtriser la nature en la violentant, l’humanité ferait mieux d’apprendre de savoir-faire qui, dans la nature, ont mis plus de trois milliards d’années à se constituer en douceur ?

Ce qui est remarquable dans son travail, c’est qu’elle est allée à la rencontre de scientifiques qui, dans l’alimentation, l’énergie ou encore la fabrication de matériaux, observent les processus à l’œuvre dans la nature et parviennent à les copier pour produire sans piller les ressources de la planète.

Il y a une urgence à le faire. Au début août, les journaux se sont faits l’écho des calculs du Global Footprint Network selon lesquels c’est à partir du 2 août que, cette année, l’humanité a d’ores et déjà consommé toutes les ressources naturelles et renouvelables que la Terre est en mesure de produire en une année. « Encore excédentaire en 1961, avec un quart de ses réserves non consommées, écrivait Le Monde, la Terre est devenue déficitaire au début des années 1970. Et le jour du dépassement survient de plus en plus tôt. Cette date tombait le 5 novembre en 1985, le 1er octobre en 1998, le 20 août en 2009. »

Rompre avec le risque de suicide de l’humanité

Certains n’hésitent plus à prévoir une extinction de l’humanité si cette tendance suicidaire ne cessait pas. Le livre de Janine Benyus ouvre, dans ce contexte, des perspectives passionnantes.

Dans une société habituée à dominer ou à « améliorer » la nature, elle appelle à une approche radicalement nouvelle : « à l’inverse de la Révolution Industrielle, la Révolution Biomimétique inaugure une époque fondée non sur ce qu’on peut extraire de la nature, mais sur ce qu’on peut apprendre d’elle. »

« La nature, écrit-elle, fonctionne sur la lumière du soleil. La nature n’utilise que l’énergie dont elle a besoin. La nature adapte la forme à la fonction. La nature recycle tout. La nature récompense la coopération. La nature tire avantage de la diversité. La nature requiert l’expertise locale. La nature corrige les excès à partir de l’intérieur. La nature exploite le pouvoir des limites. »

Six questions

Très technique et détaillé (327 pages), le livre de Janine Benyus répond à six questions :

Comment allons-nous nous nourrir ? Cultiver pour nous adapter à la terre : faire pousser des aliments comme une prairie.

Comment allons-nous profiter de l’énergie ? Transformer la lumière en vie : rassembler de l’énergie comme une feuille végétale.

Comment allons-nous fabriquer des objets ? Adapter la forme à la fonction : tisser des fibres comme une araignée.

Comment allons-nous nous soigner ? Experts parmi nous : trouver des médicaments comme un chimpanzé.

Comment allons-nous conserver ce que nous apprenons ? Danser avec les molécules : calculer comme une cellule.

Comment allons-nous mener nos affaires ? Fermer les boucles dans le commerce : gérer une entreprise comme une forêt de séquoias.

Une approche scientifique mondiale

Ce qui est fascinant dans ce livre, c’est qu’il s’appuie sur les connaissances les plus pointues de la biologie moléculaire. Nous sommes à l’antithèse du retour à la nature des années 1970 : il s’agissait alors de s’abstraire de la société mondialisée et de renouer avec une vie simple de berger et de cultivateur.

La démarche de Janine Benyus consiste au contraire à se déplacer dans le monde entier pour recueillir les expériences de laboratoires qui, à partir de l’observation de la nature au niveau des molécules, cherchent à comprendre comment se construit la coquille d’une huître ou comment chaque neurone d’un être vivant gère des milliers de connexions.

En somme, la révolution industrielle, poussée dans sa logique actuelle de prédation, conduirait l’humanité à sa perte. La révolution biomimétique, appuyée sur les connaissances scientifiques produites par la révolution industrielle, a le potentiel pour remettre l’humanité sur le droit chemin.

Le livre de Janine Benyus est d’un abord difficile. Écrit il y a vingt ans, il contient en germe des développements qui arrivent peu à peu à maturité, tels que l’agriculture biologique et la permaculture. Une course de vitesse est engagée entre ces nouvelles approches et la destruction de notre planète que les logiques prédatrices ne cessent d’accélérer.

Janine Benyus