Bird People

Avec Bird People, la réalisatrice Pascale Ferran nous livre une magnifique parabole sur la liberté. Comment des êtres écrasés par d’insupportables contraintes peuvent-ils prendre leur envol ?

 Gary Newman (Josh Charles) est un homme d’affaires américain, en transit à Paris pour une journée, le temps d’une réunion. Demain il repartira pour Dubaï. Il passe la nuit au Hilton de l’aéroport Charles de Gaulle. C’est un véritable homme oiseau, virevoltant sans cesse d’un contrat à l’autre, d’un avion à l’autre. En apparence il est comblé : succès professionnelle, jolie femme, deux enfants. Mais ce soir, il traverse une insoutenable crise d’angoisse. Il ne supporte plus l’état de guerre permanente, guerre avec la concurrence, guerre avec sa femme, guerre avec soi-même. Il décide de décrocher, de son travail, de sa famille, de tout. Sa décision est irrévocable. Il n’ira pas à Dubaï demain. Il restera en Europe.

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Audrey, rêveuse dans le RER B

Audrey Camuzet (Anaïs Demoustier) est une étudiante qui, pour payer ses études, travaille comme femme de chambre à l’hôtel où réside Gary. Son rythme de vie est écrasant : à l’hôtel, on exige du rendement, on lui demande sans cesse de faire plus d’heures, d’effectuer des remplacements ; elle passe des heures de transport en bus et en RER.

 Gary s’évade de sa prison dorée. Il tient tête à ses associés, qui l’adjurent de revenir sur sa décision de tout plaquer. Dans une interminable conversation par Skype, il fait face à sa femme, dans la brutalité et dans la douleur, et lui dit qu’il est trop tard pour remédier à des années d’incommunication.

 Audrey, elle aussi, prend son envol. Pour Gary, la libération est un dernier acte de guerre, tout en volonté et en violence. Audrey est une rêveuse. Dans le RER, elle perçoit les pensées des voyageurs qui l’environnent. Lorsqu’elle fait les chambres, elle est attentive aux mille détails qui dénotent la vie des clients. Son esprit se glisse dans celui d’un moineau, et la voici qui plane sur les pistes de l’aéroport, qui s’introduit dans la chambre d’un peintre japonais qui fait son portrait (en oiseau), qui observe la vie de collègues, qui croise Gary.

 La rencontre de la femme de chambre et du business man n’aura rien de graveleux, façon DSK. Ce ne sera pas non plus celle de Cendrillon et du Prince Charmant, ni un amour de Javanaise. Elle se traduira par une poignée de mains entre deux êtres qui se reconnaissent comme des êtres libres, des oiseaux qui ont acquis leur liberté, par la force et par le rêve.

 J’ai trouvé ce film formidable. Le site de l’aéroport Charles de Gaulle est montré sous son double aspect : un lieu hyper-connecté, riche d’infinies possibilités de voyages, d’affaires, de rencontres ; mais aussi un lieu d’extrême aliénation où se croisent comme des zombies des cadres stressés et des femmes de service épuisées. Le scénario joue sur l’opposition entre des scènes hyperréalistes (en particulier celle de la rupture par Skype entre Gary et son épouse) et des envols oniriques de moineaux qui détiennent la clé du paradis.

Gary, au creux de la nuit

Gary, au cœur de la nuit