Buffet froid

Arte TV a récemment diffusé « Buffet froid », le film culte de Bertrand Blier réalisé en 1979.

Dans la gare RER de La Défense, totalement désertée, Alphonse Tram (Gérard Depardieu) trompe son ennui en abordant un autre homme seul qui a, dit-il, un air de comptable (Michel Serrault). Le ronronnement des escaliers mécaniques, le bruit sec des pas sur le béton du quai contribuent à rendre l’atmosphère étouffante. Alphonse ne se départ jamais de son manteau, ni, dans la poche de son manteau, de son couteau. Ce couteau lui sert à couper sa viande, mais ce pourrait être aussi de la viande humaine. Plus tard, le comptable est retrouvé agonisant dans un couloir du RER, le couteau d’Alphonse planté dans le ventre.

Le décor dans lequel vit Alphonse est aussi glacial que la gare du RER : un immeuble d’habitation dans un quartier de bureau dont lui et sa femme sont les premiers et seuls locataires. Par chance, un autre locataire s’installe à l’étage du dessus. C’est Morvandieu, un inspecteur de police (Bernard Blier). Il a d’autant moins envie d’écouter les confessions d’Alphonse sur le meurtre qu’il a peut-être commis, qu’il a lui-même assassiné sa femme.

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Un troisième larron forme avec Alphonse et Morvandieu un trio infernal : un pauvre gars (Jean Carmet) épouvanté d’avoir, mu par des pulsions incontrôlables, tué la femme d’Alphonse. Les crimes se succèdent les uns aux autres, plus surréalistes les uns que les autres. Un homme organise son propre assassinat dans le parking de son immeuble des mains du trio. Lorsque le meurtre accompli ils sonnent à la porte de son appartement, la veuve leur dit « mon mari m’a prévenu : ils me descendent et ils montent, emmenez-moi, je suis prête ! »

Le film s’achève dans une barque sur une rivière au fond de gorges profondes. Carole Bouquet, d’une sombre et sublime beauté, est résolue à venger son père, le comptable du RER.

« Bouquet froid » est un film d’un humour noir irrésistible, une sorte de cauchemar éveillé dans lequel rien ne se passe selon les règles de la vie ordinaire. N’est-ce pas le rôle d’alchimiste du cinéma que de transmuer la réalité et de la transformer en rêves, fussent-ils des rêves obscurs ?

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