Ça commence aujourd’hui

Arte TV a récemment diffusé « Ça commence aujourd’hui », film de Bertrand Tavernier (1999) qui met en scène un directeur d’école maternelle dans une zone sinistrée du nord de la France.

Daniel Lefebvre (Philippe Torreton) est directeur d’une école maternelle à Hernaing, une ancienne ville minière dont plus du tiers des habitants sont aujourd’hui au chômage. La misère est incrustée au sein de l’école. Certains gamins ne mangent pas à leur faim. D’autres arrivent en retard à l’école car les parents, sans emploi, restent au lit. Une mère ne peut payer la coopérative car, au milieu du mois, il ne lui reste que 30 francs pour vivre.

La plus ancienne des maîtresses, Mme Delacourt (Françoise Bette) décrit ainsi la situation : « Les petits ne savent même plus ce que c’est un métier. Les mères ne s’occupent plus de leurs gosses comme avant. Y en a certains qui savent même plus qu’on peut parler à quelqu’un. »

Une fin d’après-midi, la misère prend corps dans une petite fille, Laetitia. Sa mère vient la chercher à l’école en retard. Elle s’effondre, ivre morte. Le règlement voudrait que le directeur appelle la police. Daniel s’y refuse, connaissant l’hostilité du commissaire pour les « racailles ». Il ramène la gamine chez elle, et découvre un logement sordide, dans lequel l’électricité et le téléphone ont été coupés depuis des mois. Indigné, le directeur se cabre contre les services sociaux réduits à une peau de chagrin par les coupes budgétaires, contre la mairie qui reste bras croisés par insuffisance de moyens et par méfiance à l’égard des profiteurs, contre l’inspection académique qui ne supporte pas l’insubordination.

« Ça commence » le jour où Daniel Lefebvre désobéit au règlement et se rend chez Laetitia. « Ça commence » surtout lorsque Laetitia et son petit frère sont tués par leur mère qui se suicide elle-même par désespoir. Daniel est soutenu par l’amour que lui porte sa compagne Valeria (Maria Pitarresi), qui l’encourage à organiser une grande fête pleine de couleurs au son de la clique municipale. Il est aussi poussé par Nadia (Samia Damouni), une puéricultrice qui partage son combat.

Tout devient beau, l’espace d’un moment de grâce. Le sourire d’enfants, le soleil printanier sur la campagne, et jusqu’au puits de mine et au terril abandonnés. Il est probable que Daniel Lefebvre abandonnera le métier d’enseignant, comme le fit Dominique Sampiero, coauteur du scénario. Les enfants seront privés d’un maître empathique, passionné et révolté. Du moins auront-ils touché du doigt, dans la foulée d’un deuil, le sublime.

Philippe Torreton est remarquable dans ce film, tout entier absorbé dans l’écoute des tout-petits. « Pirouette – cacahuète » leur fait-il chanter. Un magnifique numéro d’artiste, tout en pudeur et en épaisseur humaine.