Carceropolis à Bruxelles

La revue XXI (vingt et un) a publié dans son numéro d’automne un récit graphique de Renaud de Heyn intitulé « Carceropolis ».

À la limite nord-est entre la région de Bruxelles et le Brabant flamand, les autorités cherchent à créer une prison d’une capacité de 1200 places pour remplacer deux établissements en centre-ville, Forest et Saint-Gilles.

Renaud de Heyn est l’auteur du texte et des dessins du récit d’une trentaine de pages publié par XXI. Il a obtenu l’autorisation de visiter les deux vieilles prisons. « Il découvre de véritables taudis, des locaux en ruine ou partiellement désaffectés, et aussi des gardiens qui font tout pour améliorer les conditions de détention : ce qui m’a frappé, dit-il, c’est leur humanité. »

« La Belgique, écrit la revue, détient un triste record. Son système carcéral est le plus surpeuplé d’Europe, après celui de la Hongrie. Ses trente-cinq établissements accueillent près de onze mille détenus et affichent des taux d’occupation de 110% en moyenne. La faute aux gouvernements successifs et à une opinion publique qui se désintéresse de la question. »

Alors que dans les Pays-Bas voisins, des prisons sont fermées en raison de la baisse de la population carcérale, en Belgique (comme en France), on fait le choix d’en construire de nouvelles.

Renaud de Heyn raconte sa visite à Forest. La décision de fermer cet établissement a été prise il y a trente ans. Elle est toujours en service mais l’Etat n’y a plus effectué la moindre réparation. Le dessinateur s’est ensuite rendu à Haren, le site où devrait être construite la nouvelle prison qui occupera 18 ha sur les 19 de la friche de Keelbeek.

À la suite de l’annonce du projet de construction, en 2010, des campements se sont installés sur le terrain. Il a rejoint en 2014 le réseau des Z.A.D. (zones à défendre). Depuis, une guérilla juridique et médiatique est engagée entre les occupants et les autorités.

L’auteur était « curieux de savoir pour quelles raisons on pouvait s’opposer à une amélioration des conditions carcérales ». Dans son récit, il énumère les raisons pour ne pas construire Haren : le coût faramineux du projet, l’absence de débat démocratique accompagnant le processus de décision, la destruction d’un des rares espaces verts de Bruxelles, la taille de la prison (alors qu’il ne faudrait pas dépasser une capacité de 400 détenus), son éloignement du centre-ville qui rendra difficiles les visites de la famille, le non-sens de traiter par l’emprisonnement la petite délinquance alors que des formes de suivi en milieu ouvert donnent de meilleurs résultats. « Il y a urgence à repenser le système carcéral », dit un zadiste.

Le récit de Renaud de Heyn se conclut par « le permis de bâtir du centre pénitentiaire de Haren a été délivré le 24 décembre 2016, le permis d’environnement en mars 2017. La Plate-forme pour sortir du désastre carcéral a déposé un recours devant de Conseil d’État. »

La revue XXI ne fait pas appel à la publicité et n’est pas diffusée en kiosque. Elle porte une grande attention à la qualité de l’information et à l’élégance des illustrations. C’est un bel objet que le lecteur détient entre ses mains.