Chrysis

Dans Chrysis (Cherche Midi, 2013), Jim Fergus raconte l’histoire d’amour entre une artiste peintre, Gabrielle « Chrysis » Jungbluth et un cowboy du Colorado, Bogey Lambert, à Paris entre 1926 et 1929.

 Bogey est fils d’agriculteurs, excellent cavalier, boxeur redoutable. Dans l’attente d’un navire qui l’emmène, lui et son cheval, sur les champs de bataille de la Grande Guerre, il exerce le métier de videur dans un bordel new-yorkais. Blessé sur le front, hospitalisé et rééduqué pendant de longs mois en Ecosse, il vient à Paris, écrit des histoires de guerre qu’il ne publie pas et devient barman dans une maison close.

 

"Orgie" de Chrysis Jungbluth, 1929

« Orgie » de Chrysis Jungbluth, 1929

Gabrielle Jungbluth est fille d’un officier de l’armée française héros de la Grande Guerre. C’est une jeune femme libre dans sa tête, décidée à peindre avec son propre style et sa propre personnalité. Elle est fascinée par le monde de la nuit, les bars nocturnes, les bordels, les orgies dans lesquelles l’expérience sensorielle est exacerbée. Elle se fait appeler Chrysis, du nom d’une courtisane héroïne d’un roman érotique.

 L’appel de la liberté, la Grande Guerre, la vie nocturne… Entre Chrysis et Bogey, c’est l’amour à première vue. Le sommet de cet amour est un tableau, « orgie », dans lequel Chrysis se représente elle-même à droite du cadre avec son amant : c’est dans cette œuvre provocatrice qu’elle prend son envol comme artiste. C’est elle aussi qui provoquera leur séparation.

 Jim Fergus a écrit ce roman à partir du tableau de Chrysis. Le tableau est réel, tout comme le sont les personnages qui, après leur liaison, vivront l’une en Martinique, l’autre au Colorado. Mais l’histoire est fictive.

 L’auteur est né de père américain et de mère française. Curieusement, « Chrysis » n’a pas encore été publié aux Etats-Unis, mais seulement dans sa traduction française. J’ai beaucoup aimé l’histoire, qui nous plonge dans le Paris artistique d’après-guerre, soucieux d’oublier dans un tourbillon d’alcool, de musique, de littérature, d’images et de sexe l’atroce boucherie de la guerre.

  J’ai moins aimé le style du roman. Je n’y ai pas trouvé de pépites littéraires dignes d’être mémorisées et citées. Cela est probablement dû au fait que les personnages principaux sont décrits de manière assez monolithique : leur absence de contradiction interne les rend finalement assez fades. La description des orgies échappe seule à cette fadeur : « elle fut soudain emportée par la chaleur particulière et la riche odeur des corps humains en plein ébat sexuel, la sensualité des contacts de mains et de doigts, de lèvres et de langues, d’hommes et de femmes, le toucher des peaux, des muscles, des seins, la moiteur poisseuse, les pulsations rythmées des organes ».

Jim Fergus devant le tableau de Chrysis Jungbluth

Jim Fergus devant le tableau de Chrysis Jungbluth