Commémoration à la Synagogue de Bordeaux

Une bouleversante exposition est consacrée à la grande Synagogue de Bordeaux à la commémoration des rafles de Bordeaux et de sa région. Elle s’achève le 31 mars mais devrait ensuite circuler en Gironde.

 L’exposition a été inaugurée à l’occasion du soixante-dixième anniversaire du convoi du 12 janvier 1944 qui emmena de Bordeaux à Drancy 365 personnes, dont soixante enfants et adolescents, dont la plupart furent par la suite exterminés.

 Elle a pour cadre la grande Synagogue de Bordeaux, l’une des plus vastes d’Europe, inaugurée en 1882. Une particularité de la Synagogue, c’est qu’après avoir été profanée, elle fut utilisée pour enfermer les Juifs qui, raflés en Aquitaine, étaient destinés à la déportation. Petit garçon, Boris Cyrulnik réussit à se cacher dans le plafond des toilettes et à s’évader avec l’aide d’une infirmière.

 La commissaire de l’exposition « 1944 – 2014 Commémoration des rafles de Bordeaux et de sa région » a été réalisée par Carole Lemee, Docteur en anthropologie sociale et culturelle, et spécialiste de la mémoire sociale. Elle s’ouvre par un tableau donnant la liste des 1.536 personnes déportées au départ de Bordeaux, avec leur âge et leur destination.

 Le principe de l’exposition est ensuite de mettre face à face des témoignages de survivants et des documents administratifs les concernant. Carole Lemee a travaillé avec les graphistes pour que les témoignages ressortent en caractères blancs éclairés de derrière le panneau qui les présente. La vie des gens dont on parle, dit-elle, était lumière avant d’être étouffée par la barbarie.

 On connaissait, en partie grâce au procès Eichmann, la sophistication de la machine d’extermination nazie. Ce qui frappe dans l’exposition, à côté des visages d’enfants et d’adultes photographiés avant qu’ils ne plongent dans l’abîme, ce sont les fiches administratives constituées sur les personnes : cartes de rationnement, « reçus » pour les sommes d’argent et les bijoux « consignés » (en réalité confisqués), fiches signalétiques.

 Etablie à Drancy, une fiche au nom d’une déportée signale qu’elle a été requalifiée de la catégorie B (déportable à Auschwitz) à la catégorie A et transférée à l’hôpital Rothschild. Sa famille s’était démenée pour que sa « situation raciale » soit réexaminée et pour qu’en appui de cette démarche, des certificats de baptême de ses ascendants soient établis. Comme Eichmann, les policiers français avaient perdu tout sens de l’humanité. Ils appliquaient mécaniquement la loi sans que son iniquité et sa perversité morale leur traversent l’esprit. Ils veillaient à la légalité de la déportation, à ce que des certificats d’aryanité soient délivrés à qui en avait le droit, mais n’avaient aucune réticence à envoyer à la mort des femmes, des enfants et des vieillards.

 Au total, 10 convois ont été organisés entre Bordeaux et Drancy, celui du 12 janvier 1944 étant l’avant-dernier. L’exposition est bouleversante parce qu’elle met un nom sur les personnes qui ont vécu un drame impensable, aux mains d’une machine folle et des hommes qui servaient cette machine.

La Synagogue de Bordeaux

La Synagogue de Bordeaux