Dans la tête d’Emmanuel Macron

La Chaîne Parlementaire (LCP) a récemment diffusé le documentaire « Dans la tête d’Emmanuel Macron » réalisé par Bertrand Delais au printemps 2016.

Cette diffusion s’inscrivait dans le cadre de l’émission « droit de suite » et était suivie d’un débat avec le réalisateur, un député de la France en Marche et deux journalistes. Elle est visible en replay, et de nouveau en « prime time » les 18 septembre et 5 octobre.

Le printemps 2016 est un moment charnière : Emmanuel Macron fait entendre sa différence sur le thème de la déchéance de la nationalité ; il lance son mouvement « En Marche » sous les sarcasmes de ministres qui prédisent qu’il reviendra bien vite à la maison où « la soupe est bonne » ; il quitte le gouvernement pour entrer en campagne.

La position de Macron sur la déchéance de la nationalité est intéressante car elle est au cœur de sa philosophie politique. L’idée d’exclure les malfaisants lui parait absurde. Dans la société française, il y aura toujours des délinquants, des criminels et des terroristes. Il faut faire avec. On ne résoudra aucun problème en les mettant au ban de la nation.

L’idée d’inclusion est donc centrale. Lorsqu’à Orléans, il participe à des festivités autour de Jeanne d’Arc, il affirme que son héritage n’appartient pas à l’extrême droite. Il prétend réconcilier la France des villes et de l’internet qui se sent à l’aise dans la mondialisation et la France des territoires malmenés par les délocalisations qui veut être protégée. Rendre la France plus compétitive dans une économie mondialisée et « en même temps » donner leur chance aux « quartiers », ainsi peut se résumer son programme.

L’homme a su se montrer assez convainquant, auprès des « nomades » comme des « sédentaires », à droite comme à gauche, pour remporter largement l’élection présidentielle. Beaucoup d’électeurs ont adopté dès le premier tour une stratégie de second tour : ils ont voté Macron, non par affinité mais pour barrer la route aux populistes.

Le documentaire de Bertrand Delais trace le portrait d’un homme ambitieux, d’une vive intelligence, porteur d’une vision claire sur l’avenir de notre pays. Il le qualifie de « monarque 2.0 », c’est-à-dire un président soucieux de l’unicité de sa fonction, mais dans la culture Internet. Il explique que les centres de décision sont maintenant multiples, dans le cadre de l’hexagone et dans le monde. Mais il croit que l’État n’est pas dénué de moyens, et qu’il peut les utiliser efficacement s’il sait être sélectif. Un libéral colbertiste !

« Jupiter revient sur terre », titrait Sud-Ouest il y a quelques jours. Que se passe-t-il dans la tête d’Emmanuel Macron à l’épreuve du pouvoir ?

Dans mon domaine d’intérêt actuel, la prison et la politique pénale, le président a repris à son compte le programme de 15 000 places de prison conçu par le gouvernement Vals. Il souhaite que les peines d’emprisonnement soient effectivement exécutées. Or, on connaît le rôle désocialisant des courtes peines comme des peines trop longues. Comment, dans ce domaine spécifique, son gouvernement appliquera-t-il le principe d’inclusion ?

Les prochains mois seront décisifs.