Décolonisations, du sang et des larmes

France 2 a récemment diffusé « décolonisations, du sang et des larmes », un documentaire en deux parties réalisé David Kor-Brzora en collaboration avec l’historien Pascal Blanchard.

 Le film commence par l’évocation de l’exposition coloniale de 1931 dans le Bois de Vincennes, qui fut un immense succès marquant l’apogée de l’empire colonial français. La « mission civilisatrice de la France » paraissait une évidence. L’empire avait pour lui une promesse d’éternité.

 Mais dès les années trente, des mouvements indépendantistes apparaissent, en Indochine et ailleurs. Lorsque le désastre de 1940 révèle que le colonisateur a les pieds d’argile, lorsque les États-Unis et l’URSS cherchent à prendre pied dans les territoires contrôlés par la France, le mouvement vers l’indépendance devient irrépressible.

Et c’est pourtant par la répression que la République française réagit. Alors qu’elle se flatte d’accueillir à Paris en 1948 la convention des Nations Unies qui approuve la déclaration universelle des droits de l’homme, elle s’efforce d’écraser tout mouvement de rébellion. Plusieurs épisodes sont révélateurs. Le plus éclatant sans doute est le massacre de Thiaroye, près de Dakar, le 1er décembre 1944 : des gendarmes français tirèrent contre des tirailleurs sénégalais récemment rapatriés qui réclamaient le versement de la solde qu’on leur avait promise.

 En 1958, la révolte menée par l’Union des Peuples du Cameroun est noyée dans le sang. Son leader, Ruben Um Nyobe est assassiné. Autre épisode : en mai 1967, des émeutes nées d’une revendication salariale des ouvriers en bâtiment de la Guadeloupe entraînent, en réaction, un massacre à Pointe à Pitre.

 L’année 1954 marque un tournant : l’accès à l’indépendance du Vietnam du nord et le déclenchement de la guerre d’Algérie à la Toussaint convainquent les gouvernements de la quatrième République qu’il faut lâcher du lest. La plupart des colonies s’acheminent vers l’indépendance, ainsi que les protectorats du Maroc et de la Tunisie. Pour Paris, il faut sauver l’essentiel : l’Algérie française. « La Méditerranée coule dans la France comme la Seine coule dans Paris ». On connait la suite : 7 années de guerre féroce, des populations déplacées, la torture couramment pratiquée par l’armée du pays des droits de l’homme.

Le documentaire de Kor-Brzora ne fait pas appel au témoignage d’historiens. S’y expriment des personnes directement impliquées dans les événements ou leurs descendants qui parlent du retentissement de ces événements sur leur propre vie. Les films d’archive ont été colorisés pour minimiser l’écart avec le téléspectateur d’aujourd’hui.

 La colonisation en général, la guerre d’Algérie en particulier restent d’autant plus douloureuses qu’elles forment la toile de fond de ce sujet qui divise, l’immigration. La colonisation fait aussi partie de l’histoire de ces territoires qui ont été totalement intégrés à la République française aux Antilles, dans l’Océan indien et dans le Pacifique. « Décolonisations » évoque les traumatismes vécus par les populations qui y vivent : elles ont longtemps été encouragées à émigrer en métropole, et l’agence créée à cette fin, le Bumidom, est accusée d’avoir sciemment vendu des illusions.