Des gilets-jaunes découvrent la prison

Le magazine en ligne Basta ! a publié le 16 janvier une intéressante enquête sur l’expérience de la prison par des gilets-jaunes.

Le journaliste Pierre Bonneau rappelle dans cet article que depuis le début du mouvement des gilets-jaunes, 1000 personnes ont été condamnées à la prison ferme (dont 400 avec mandat de dépôt et 600 avec aménagement de peine) ; et que 1230 ont été condamnées à la prison avec sursis.

Beaucoup des personnes incarcérées ont découvert la prison pour la première fois. Cela représente un choc. Victor, condamné en comparution immédiate le 11 mars 2019. « Ça n’a même pas duré dix minutes. Je n’ai rien compris à ce qui se passait. » À peine sorti de sa garde-à-vue, sidéré, ce plombier et père de famille est embarqué au centre pénitentiaire de Villeneuve-les-Maguelone. Placé pendant cinq jours dans le quartier des « arrivants », il y reçoit un petit kit avec le minimum nécessaire pour le couchage et l’hygiène. « Au début c’était terrible. Je ne voulais pas sortir de ma cellule, être confronté aux surveillants et aux détenus. »

Photo du magazine Basta !

L’article souligne combien les familles sont bousculées par l’incarcération, à commencer par les enfants. « Mon plus petit m’a vu partir menotté de la maison à 6h du matin. L’autre a refait pipi au lit pendant que je n’étais pas là », explique l’un des gilets-jaunes détenus, Abdelaziz. « À la rentrée, la maîtresse a demandé à mon fils ce que ses parents faisaient comme métier. Il a répondu : « Mon père est prisonnier politique gilet-jaune ! » »

Abdelaziz a été condamné au port du bracelet électronique imposé de mars à fin novembre après sa détention provisoire. Il a fait une dépression. « J’étais en prison à domicile (…) J’ai senti l’étau se refermer sur moi. Un psy m’a prescrit un arrêt. Pendant quatre mois et demi je ne suis pas sorti de ma maison. » Comme pour les blessés, souligne le journaliste, les conséquences post-traumatiques de l’incarcération sont insidieuses et s’insinuent partout dans le quotidien, générant repli, amertume, colère. L’entourage et les compagnes sont les premières affectées. « Beaucoup de couples explosent », souligne l’une d’elles