Désirs & volupté à l’époque victorienne

A Paris, le Musée Jacquemart-André consacre une intéressante exposition aux peintres anglais de la seconde moitié du dix-neuvième siècle : « Désirs & volupté à l’époque victorienne ».

 Le blog « transhumances » est revenu à plusieurs reprises sur la « Fraternité préraphaélite », ce mouvement artistique créé en 1848 par Dante Gabriel Rossetti, William Holman Hunt et John Everett Millais, et rejoint par la suite par William Morris et Edward Burne Jones. Le mérite de l’exposition au musée Jacquemart André est, en présentant la collection privée du Mexicain Pérez Simón, de situer leur parcours dans un contexte plus large.

Les roses d'Heliabade, Lawrence Alma-Taleda. 1888

Les roses d’Heliabade, Lawrence Alma-Taleda. 1888

 C’est ainsi que sont présentées des œuvres de John William Waterhouse, dont nous avions visité une exposition des œuvres à Londres, et d’artistes qui connurent en leur temps la célébrité mais sont tombés aujourd’hui dans l’oubli comme Lawrence Alma-Taleda, John Strudwick, Frederic Leighton ou Albert Moore.

 A l’entrée de l’exposition, une vidéo place judicieusement ces artistes dans leur contexte. Sous le long règne de Victoria (1837 – 1901), la situation des femmes est paradoxale. Dans le milieu de la bourgeoisie industrielle et financière triomphante, elles sont placées sous l’autorité de leur mari, soumises à une morale rigide, leur corps contraint par un corset et caché par des vêtements qui ne laissent rien voir de leur peau.

 L’art prend le contrepied de cette situation. Les artistes peignent leurs femmes ou leurs maîtresses sous les traits d’héroïnes de l’Antiquité ou du Moyen Âge. Justifiés par cette prétendue distance historique, ils les représentent nues ou peu vêtues. Leur œuvre constitue un hymne à la féminité, au corps de la femme tout en courbes sensuelles, au visage de la femme énigmatique et désirable.

 A quelques exceptions près, dont « les roses d’Heliogabale » de Lawrence Alma-Taleda (1888), les peintures présentées par le Musée Jacquemart André ne sont pas des chefs d’œuvre. Mais l’ensemble donne une bonne idée de l’interaction de l’art et de la société à un moment où l’Angleterre, forte de sa révolution industrielle, était devenue la première puissance au monde.

Edwin L. Long, La Reine Esther, 1878

Edwin L. Long, La Reine Esther, 1878