Detroit

Arte TV a récemment diffusé « Detroit », film de Kathryn Bigelow (2017) sur les émeutes raciales survenues dans cette ville en 1967.

 Pendant plusieurs jours, en juillet 1967, des émeutes secouèrent la ville de Detroit à la suite d’interventions brutales aux tonalités souvent racistes de la police municipale dans les quartiers noirs surpeuplés. Pour faire face aux incendies et aux pillages, on fit intervenir la garde nationale.

 Le 25 juillet 1967, un groupe de jeunes chanteurs noirs, emmené par Larry (Algee Smith) doit faire ses débuts dans une salle de spectacle de la ville, mais celle-ci est évacuée. Ils se consolent en flirtant avec deux jeunes femmes blanches, Karen et Julie, au bord de la piscine de l’Algiers Motel. Des coups de feu sont tirés depuis une fenêtre sur un détachement de la Garde Nationale. La police municipale intervient.

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Les pensionnaires du Motel sont chassés des chambres à coups de pieds et de crosses de fusil et rassemblés, mains au mur, au rez-de-chaussée. Commence alors un cauchemar, qui dure plus d’une heure à l’écran. Trois policiers, emmenés par Krauss (Will Poulter, formidable dans ce rôle) un sadique d’autant plus ivre de haine qu’il ne pardonne pas aux noirs d’avoir « sali » des femmes blanches, alignent les otages le long d’un mur. Un par un, ils les extraient, les emmènent dans une pièce isolée et tentent de leur arracher par la terreur le lieu où est caché le revolver qui a tiré sur les soldats.

 Pour terroriser les otages, ils procèdent à des simulacres d’exécution. Mais un soldat prend au pied de la lettre la consigne : « montre que tu es capable de tuer ». Trois jeunes hommes perdent la vie ce soir-là.

 Le film de Kathryn Bigelow n’est pas manichéen. Plusieurs fois des hommes de la Garde nationale portent assistance aux hommes persécutés. Un vigile noir, Melvin Dismukes (John Boyega), assiste écœuré mais impuissant aux événements. Mais le réquisitoire de Bigelow contre le système est implacable : les ordres donnés à la Garde nationale sont de détourner le regard et laisser les hallucinés de la police municipale aller au bout de leur folie ; les policiers tortionnaires seront acquittés lors d’un procès inéquitable.

 La mort de George Floyd le 25 mai dernier à Minneapolis des mains du policier blanc Derek Chauvin et les émeutes qui ont suivi ont montré combien les événements de juillet 1967 à Detroit n’appartiennent pas seulement au passé.

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