(Isab)Elle

Pour son rôle dans « Elle », film de Paul Verhoeven, Isabelle Huppert était nominée aux Oscars dans la catégorie « meilleure actrice ».

Le titre l’indique bien : le film tourne autour d’un personnage féminin. Michèle (Isabelle Huppert) se fait violer dans sa maison par un inconnu cagoulé. Elle n’en parle pas à ses proches, elle ne se plaint pas à la police. Pourquoi ?

Michèle et son associée, Anna (Anne Consigny), ont créé une société de production et de réalisation de jeux vidéo dans lesquels s’expriment les pulsions de violence, de sexe et de mort.

Michèle regarde ses proches avec une distance glaciale empreinte de mépris : sa mère Irène (Judith Magne), qui se paye des gigolos ; son fils Vincent (Jonas Bloquet), un raté qui tente de manière pathétique de prouver qu’il peut devenir un bon père ; ou encore son ex-mari Richard (Charles Berling) qui survit sur la ligne de flottaison de la pauvreté.

Surtout, Michèle porte une haine implacable à son père qui, lorsqu’elle avait 10 ans, était revenu à la maison dégoulinant du sang des personnes du voisinage qu’il avait égorgées. Une photo de journal montrait la fillette maculée de ce sang, le regard vide. L’homme purge une peine de prison à perpétuité. Michèle n’est jamais allée le visiter.

Les voisins qui occupent le pavillon en face de celui de Michèle semblent un couple sans histoire : Rébecca (Virginie Efira) est une catholique traditionnaliste. Patrick (Laurent Lafitte) semble l’adorer. Le spectateur devinera vite le côté sombre de sa personnalité. Entre lui et Michèle, les conditions sont réunies pour une confrontation passionnée et violente, subie et désirée. Certains ont dénoncé dans le film un éloge du viol. Le moins que l’on puisse dire est que la relation entre les protagonistes est trouble et ambigüe : sadomasochiste.

Le film est tout entier porté par Isabelle Huppert, qui joue de manière crédible le personnage marqué par un drame de l’enfance qui a fait d’elle un être torturé et cynique. Mais le scénario manque de l’unité qui fait un bon thriller, et le spectateur vagabonde d’une scène à l’autre sans être vraiment conduit, jusqu’à un happy end dénué de vraisemblance.