Encerclés par l’État Islamique

Arte TV vient de diffuser un bouleversant documentaire de Xavier Muntz sur la résistance kurde à l’avancée de l’État islamique dans le Sinjar. Son titre : « encerclés par l’État Islamique ».

Le Sinjar est une montagne à l’ouest de Mossoul, ville d’Irak conquise l’an dernier par l’État islamique. La ville de Sinjar, située dans la plaine, était habitée de Kurdes pratiquant l’islam, le christianisme et le yézidisme, l’une des plus anciennes religions monothéistes.

Le 4 août 2014, la ville tomba entre les mains de l’État Islamique. Des centaines de milliers d’habitants prirent le chemin de l’exode. Environ 600 civils furent massacrés. Les survivants se réfugièrent dans la montagne, dans des conditions de vie précaires, ravitaillés seulement par hélicoptère.

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Xavier Muntz a rejoint les combattants kurdes dans la montagne début décembre 2014. Il est resté à leurs côtés vingt jours, filmant la reconquête de Sinjar, la première défaite de l’État Islamique depuis son avancée fulgurante les mois précédents. On assiste à la conquête d’une colline stratégique, grâce à l’appui de missiles sol-sol « Milan » fournis par la coalition ; à l’élimination, un par un, depuis cette position des snipers de Daech opérant depuis les toits ; à l’évacuation d’un blessé chrétien ; à la reconquête, rue par rue et maison par maison, de la casbah.

Des femmes figurent parmi ces combattants « Peshmergas », non dans des rôles d’appui mais en première ligne. On assiste à un cours de féminisme administré par une militante à un groupe de soldats ; on devine bien à leur mine que cet endoctrinement ne les réjouit et ne les convainc que médiocrement, mais le besoin de combattants est si criant qu’il faut bien se résoudre à admettre dans le rang le sexe faible. Le fait est là : cette armée de résistants est composée de femmes et d’hommes et est multiconfessionnelle, radicalement différente de celle d’en face.

On est frappé par le dénuement de ces combattants, souvent munis seulement d’armes légères et dénués de casques ou de pare-balles. Mais c’est aussi la solidité de leur chaîne de commandement qui retient l’attention. Leurs officiers ne portent pas de galons, mais ils sont au feu de l’action, analysent les positions de l’ennemi, donnent des ordres qui sont immédiatement exécutés. Ils ont l’efficacité de résistants entraînés depuis des années à la guérilla.

On comprend en voyant, dans ce bouleversant documentaire, une petite ville reconquise au terme de longues journées, que la guerre est installée dans cette région pour des années. Du moins les jeux restent-ils ouverts. L’obscurantisme n’a pas partie gagnée.

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