Europa Europa

Arte TV a récemment diffusé « Europa Europa », film de Agnieszka Holland (1990) qui raconte l’incroyable parcours d’un jeune Juif pendant la seconde guerre mondiale, successivement enrôlé par les dictatures stalinienne et hitlérienne.

La veille de la diffusion de ce film, Arte TV avait diffusé un documentaire intitulé « Hitler – Staline, la diagonale de la haine ». On y montrait l’affrontement de totalitarismes centrés sur deux personnalités psychotiques et la violence démentielle qu’il provoqua jusqu’à la destruction de l’Allemagne nazie.

Tous les Européens virent d’un coup leur vie basculer dans l’horreur, à commencer par les Juifs. Et c’est précisément à une famille juive que s’attache Agnieszka Holland. Originaires de Pologne, les Perel se sont installés en Allemagne. Après la nuit de Cristal, ils retournent à Lodz. Lorsque l’Allemagne envahit la Pologne, les fils s’enfuient vers l’est.

C’est ainsi que Salomon (Marco Hofschneider), 16 ans, se retrouve en Russie. Recueilli dans un orphelinat, il subit le lavage de cerveau de la propagande stalinienne : c’est Staline, et non pas Dieu, qui peut faire pleuvoir sur les enfants une nuée de bonbons.

Or, voici que l’Allemagne envahit la Russie. Les orphelins font l’objet d’une sélection. Les Juifs sont massacrés. Sally se fait passer pour Jupp Peters, un Allemand de souche. Dans la confusion générale, et parce qu’on manque cruellement d’interprètes, son mensonge fonctionne. Le voilà incorporé dans un régiment de la Wehrmacht. Il s’y fait un ami, un comédien homosexuel, Robert Kellerman (André Wilms), qui découvre qu’il est Juif mais ne le trahit pas.

À la suite d’un malentendu, « Jupp » passe pour un héros. On l’envoie dans une école où se forme l’élite militaire nazie. On y enseigne les critères de la pureté raciale et comment identifier à coup sûr un Juif. Jupp/Salomon passe pour un Aryen méridional typique !

Sous son avatar de Nazi d’élite, Jupp est protégé, mais à la merci d’une visite médicale qui l’obligerait à se déshabiller. Il est aussi engagé dans une histoire d’amour avec Leni (Julie Delpy), une Nazie fanatique qui considère que les Juifs doivent être écrasés comme la vermine : il brûle de faire l’amour avec elle, mais ce serait sa condamnation à mort.

Le film est inspiré du récit autobiographique de Salomon Perel, que l’on voit à la fin du film réciter une prière au bord de la rivière Boug, qui marquait la frontière entre la Pologne et l’Union Soviétique. Le destin de cet homme, servi par une baraka extraordinaire, est emblématique d’une période dans laquelle les idéologies totalitaires étaient aux commandes, avec des conséquences effroyables sur le destin des individus.