Expo 58

« Expo 58 », le dernier roman de Jonathan Coe, offre au lecteur tout ce qu’il peut attendre d’un bon livre : dépaysement, intrigue (espionnage), humour, amour, destin…

 Le livre se situe en 1958, autour de l’exposition universelle de Bruxelles, censée symboliser la paix entre les nations désormais assurées d’une prospérité illimitée grâce à la technologie. Le projet de l’exposition est symbolisé par l’Atomium, ce gigantesque monument figurant la structure d’un atome, dont la scission et la fusion allaient fournir à l’humanité une énergie abondante, bon marché et sûre.

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Le 18 avril, le Roi Baudouin de Belgique prononce le discours inaugural. « Un discours dans lequel il exprimait son opinion que l’humanité se situait à un carrefour, qu’elle avait devant elle deux routes, l’une d’elles menant à la paix et l’autre à la destruction. Il recommandait, globalement, de prendre la première de ces routes… »

 Le personnage central du roman est un obscur fonctionnaire britannique, Thomas Foley, qui reçoit la mission de veiller au bon ordre du Britannia, le faux pub typiquement anglais construit tout près du pavillon britannique. Conçue pour favoriser l’entente entre les nations, l’Exposition devient, en pleine guerre froide, un enjeu de propagande entre l’Est et l’Ouest et un terrain de choix pour l’espionnage technologique. L’arme de choix est, naturellement, de très jolies femmes. De très jolies femmes qui fréquentent le Britannia !

 Thomas a laissé à la maison sa femme Sylvia et leur toute petite fille Gill. Il y a un gouffre entre l’univers excitant de l’Exposition et la grisaille de la vie à la maison. Lorsqu’il revient pour un week-end après quelques semaines, il se découvre incapable de raconter à son épouse ce qu’il vit à Bruxelles. Une muraille d’incommunication se dresse entre eux. Thomas est tombé amoureux d’Anneke, une jeune hôtesse belge pour qui l’amour est une chose bien plus simple et naturelle que pour des Anglais inhibés par le puritanisme. Quittera-t-il Sylvia pour refaire sa vie avec Anneke ? Reviendra-t-il à sa vie d’autrefois ? L’Exposition a-t-elle changé son destin ?

 Jonathan Coe raconte qu’en écrivant son roman il avait cherché à découvrir le tempérament d’un anglais moyen en le transplantant dans un milieu international. L’incapacité de parler de ses sentiments caractérise en effet Thomas, comme beaucoup d’Anglais de sa génération. Il faudra attendre le déversement d’émotion populaire lors de la mort de la Princesse Diana en 1997 pour que recule la culture de l’étouffement des sentiments. .

 Le Chancelier de l’Echiquier visite le pub Britannia. « J’aimerais vous dire qu’il est le charme personnifié, qu’il nous mettait tous à l’aise et nous traitait avec cette condescendance aisée qui est apparemment la marque de tout Anglais éduqué comme il faut. Au contraire, il était comme un poisson hors de l’eau. Et un fichu poisson hostile en plus. Je ne sais pas ce qu’on vous apprend sur les terrains de sport d’Eton, mais ce n’est évidemment pas de farfouiller dans une assiette de fish and chips et une pinte de bière dans un faux pub britannique et de faire semblant que ça vous plaise. ».

 D’autres spécimens anglais sont Mr Radford et Mr Wayne, deux membres des services secrets de sa Majesté. Leur apparence un peu gauche et leurs dialogues décalés évoquent les « Dupondt » des albums de Tintin, ce qui ne saurait étonner dans un contexte bruxellois. Mais ils savent embobiner Thomas avec un savoir-faire et un humour qui caractérisent, eux aussi, le génie britannique.

« Expo 58 » est un livre réjouissant, bien mené, drôle. Le dernier chapitre lui insuffle un fort sentiment de nostalgie. Nous sommes en 2009. Thomas Foley a quatre-vingt six ans et voyage à Bruxelles pour dîner avec une femme qui faisait partie de ses relations proches à l’Expo 58. Alors défile devant lui ce que sa vie a été, et ce qu’elle aurait pu être.