France Insoumise : les autres paieront !

Le score élevé de Jean-Luc Mélenchon et son refus d’appeler à voter Macron au second tour de l’élection présidentielle invitent à regarder de près le programme de France Insoumise. Il repose sur une conviction : les autres paieront !

Le programme de la France Insoumise a été publié en décembre 2016 aux éditions du Seuil sous le titre « L’avenir en commun, le programme de la France Insoumise et de son candidat Jean-Luc Mélenchon ».

On est d’abord frappé par le style martial et autoritaire du discours. Il s’agit de mettre au pas la finance, de permettre la mise en examen et la mise en détention provisoire des suspects du pillage économique et industriel de ces dernières années, de réprimer les corrupteurs, de punir, contraindre, sanctionner. Le mot « imposer » revient 20 fois dans le programme, dont 2 au sens de taxer.

Affiche électorale de Jean-Luc Mélanchon

Un inventaire à Prévert

Je me trouve d’accord avec plusieurs propositions, dont certaines ont été reprises par d’autres candidats. Citons : le droit de mourir dans la dignité (y compris avec assistance) ; faciliter l’accès à la nationalité française pour les personnes étrangères présentes légalement sur le territoire ; introduire le récépissé de contrôle d’identité pour interdire le contrôle au faciès ; dépénaliser la consommation de stupéfiants et la légalisation de l’usage du cannabis ; reconnaître l’État palestinien ; séparer banques d’affaires et de détail. L’insistance sur le développement des outre-mer et une ambitieuse politique maritime est intéressante.

L’énoncé des propositions tient parfois d’un inventaire à la Prévert. On évoque des grands principes sans préciser les moyens d’y parvenir : par exemple, abolir la prostitution et garantir la dignité de la personne humaine, ou encore éradiquer l’illettrisme pour les jeunes sortis du système scolaire et les adultes. On entre par ailleurs dans le détail : par exemple, augmenter de 50% le montant de l’allocation personnalisée d’autonomie, ou encore adhérer à l’ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique).

J’ai été étonné de la quasi-absence de la prison, qui concentre pourtant les pathologies de la société, dans le programme de France Insoumise. Il est question, en termes on ne peut plus généraux, de mettre fin au tout-carcéral par des peines alternatives à la prison, rénover les prisons pour garantir la dignité humaine, assurer la socialisation des détenus. Une seule proposition concrète : recruter 2 000 agents pénitentiaires pour les escortes des détenus. Pas un mot sur l’alternative entre construire de nouvelles places de prison et s’engager dans un projet volontariste de décroissance carcérale.

« Barrer la route ». Le Front National n’est pas cité.

Le vertige des dépenses

La liste des dépenses à engager donne le vertige. Revaloriser les salaires des fonctionnaires. Restaurer le droit à la retraite à 60 ans à taux plein. Revaloriser les pensions de retraite. Créer une « garantie dignité » en revalorisant les minima sociaux. Construire 200 000 logements publics par an pendant 5 ans. Injecter 100 milliards d’euros supplémentaires dans l’économie pour des investissements écologiquement et socialement utiles. Créer une « garantie dignité » en revalorisant les minima sociaux. Instaurer un service citoyen obligatoire d’une durée de 9 mois rémunéré au SMIC. Renforcer les moyens humains et matériels des forces de sécurité, en quantité et en qualité ; lancer un plan de rénovation et de construction de commissariats de police ; doter les services de police en moyens techniques et matériels suffisants, opérer un renouvellement général du parc informatique. Instaurer une allocation d’autonomie pour les jeunes de 18 à 25 ans d’une durée de 3 ans sous réserve d’une formation qualifiante et sous condition de ressources. Remplacer les « emplois d’avenir » par un « contrat jeune » d’une durée de 5 ans dans le secteur non marchand et public. Etc.

Ce programme n’est pas chiffré. Pourtant, la dette publique de la France frise déjà une année de produit intérieur brut. À quel niveau se situera-t-elle après que les dépenses « indispensables » auront été engagées ? Cette question, pourtant cruciale, est mise sous le tapis. Parce que les autres paieront. Ils ne sont pas précisés : s’agit-il de l’Allemagne, des États-Unis, des banques, du FMI ?

Hugo Chavez

Les autres paieront

Le programme indique que sera réalisé « un audit citoyen de la dette publique pour déterminer la part illégitime et préparer un réaménagement négocié (échelonnement des remboursements, baisse des taux d’intérêt, annulation partielle…) ». Il serait donc possible, à notre gré, de décider quelle part de la dette serait légitime et que nous serions donc prêts à rembourser, mais naturellement avec des délais de paiement plus longs et des taux d’intérêt plus faibles ; et quelle part devrait être abandonnée par nos créanciers, que nous aurions peut-être convaincus de l’immoralité de leurs opérations financières.

Le programme sort aussi un joker : « faire racheter la dette publique par la banque centrale. » Pourquoi n’y avoir pas pensé plus tôt ? Dans son appétit de lucre, la finance internationale continuera à prêter à la Banque de France ainsi criblée de dette, et naturellement aux taux d’intérêt réservés aux emprunteurs de première qualité.

On ne sait ce qui domine dans cette position : l’ignorance ou la mauvaise foi. Elle permet toutefois de comprendre pourquoi Jean-Luc Mélenchon renvoie dos à dos l’extrême droite de Le Pen et l’extrême finance de Macron. Son modèle est le Venezuela bolivarien d’Hugo Chavez. Il fait froid dans le dos.