François Fillon : l’homme qui ne pouvait pas être président

France 5 a récemment diffusé un documentaire de Bruce Toussaint intitulé « François Fillon, l’homme qui ne pouvait pas être président ».

Ce documentaire inaugure une série dont le titre, « c’était écrit », semble indiquer que les événements, en l’occurrence ici la défaite de François Fillon au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, étaient inéluctables.

Bruce Toussaint reconnaît volontiers qu’il est facile de réécrire l’histoire. Pendant les semaines qui précédèrent l’élection, ma boîte mail fut pourtant envahie de messages de supporters enthousiastes de François Fillon. Ils étaient convaincus que le programme de leur champion – un demi-million de postes de fonctionnaires supprimé et l’administration pénitentiaire rattachée au ministère de l’intérieur entre autres mesures de « choc salutaire » – finirait par convaincre les électeurs. Le « pénélopegate », les costumes offerts par le sulfureux avocat Bourgi, la mise en examen seraient oubliés. L’histoire n’était peut-être pas aussi écrite qu’on veut bien le dire aujourd’hui.

Il reste que Fillon, à qui on prédisait 30% des voix après sa victoire inattendue et écrasante à la primaire de la droite et du centre, perdit 10 points et arriva en troisième position à la présidentielle. Le documentaire de Bruce Toussaint donne la parole au directeur de campagne Patrick Stefanini et à de nombreuses personnalités du parti Les Républicains, Bachelot, Baroin, Bertrand, Copé, Dati, Pécresse.

La facilité avec laquelle ceux-ci s’expriment sur les raisons qui conduisirent d’une victoire certaine en une défaite annoncée ne manque pas d’étonner. Stefanini nous apprend qu’il ignorait tout de l’emploi de Pénélope Fillon par son mari. Baroin indique qu’il s’était rendu au meeting du Trocadéro (organisé par Sens Commun, l’avatar politique de la Manif pour Tous) parce qu’il était convaincu que Fillon y annoncerait son retrait.

Le documentaire met en évidence les ressorts de la défaite. Il y a la déconnexion de Fillon avec l’opinion publique ; il lui faut plusieurs jours pour comprendre que l’affaire Pénélope est très grave. Il y a les haines recuites avec d’autres ténors de son parti, en particulier Sarkozy et Juppé : lorsqu’il aurait fallu l’unité, c’est la division qui saute aux yeux. Il y a le goût de Fillon pour le luxe et les beaux objets : le bon sens aurait conseillé de refuser les costumes que, trois mois avant la présidentielle, lui offrait Bourgi.

Il y a les maladresses du candidat qui lui reviennent en boomerang : « Imagine-t-on le Général de Gaulle mis en examen ? » « Une seule chose me ferait renoncer, ce serait d’être mis en examen. »

Roselyne Bachelot dit son désarroi à la veille de la présidentielle. Elle regrettait d’avance la défaite de son candidat et ami. Mais elle savait surtout qu’élu, il n’aurait aucune chance de pouvoir gouverner, tant il avait cristallisé d’hostilité et accumulé de discrédit.