Fratelli Tutti

Dans son encyclique « Fratelli tutti », le pape François lance un appel à la fraternité et à l’amitié sociale. Il se prononce clairement contre la peine de mort et la réclusion à perpétuité.

 Je n’avais pas lu d’encycliques depuis des décennies. Ces exhortations pontifiantes, écrites en langue morte à la première personne du pluriel, relevant souvent de la police sexuelle, m’horripilaient. La référence à une doctrine intemporelle qu’il suffirait d’expliciter mais sans en changer un iota me semblait relever d’une fraude historique.

Dans « Fratelli tutti » (tous frères, selon les mots de Saint François d’Assise), le pape s’exprime à la première personne du singulier, « je », dans une langue vivante, l’italien. Il porte un regard critique sur la société hyperconnectée d’aujourd’hui au cœur de laquelle se trouve le profit et le succès individuel. Il en appelle à un « amour politique » par lequel le droit de tous les hommes à une vie digne devient principe d’action.

Panettone partagé par des prisonniers de Rebibbia avec le pape François

Le pape invite à surmonter les barrières de la géographie et de l’espace par un mode de vie au goût de l’Évangile. Il interprète le message de Jésus comme un appel à reconnaître à tout homme le statut de « prochain », même s’il n’appartient pas à sa famille ou à sa nation. Il rappelle en particulier que les migrants ont la même dignité intrinsèque que quiconque.

 Il prend clairement position contre la peine de mort et la prison à perpétuité : « Tous les chrétiens et les hommes de bonne volonté sont donc appelés […] à lutter non seulement pour l’abolition de la peine de mort, légale ou illégale, et sous toutes ses formes, mais aussi afin d’améliorer les conditions carcérales, dans le respect de la dignité humaine des personnes privées de la liberté. Et cela, je le relie à la prison à perpétuité. […] La prison à perpétuité est une peine de mort cachée. »

 Le pape peine à reconnaître qu’il s’agit d’un renversement de doctrine. L’un de ses prédécesseurs, Pie IX, souverain régnant sur les États pontificaux, ratifiait la condamnation à mort d’opposants. Pendant des siècles, l’Église Catholique ne se contentait pas d’approuver la peine capitale, elle pratiquait tortures et bûchers. Au détour d’une phrase, il s’étonne toutefois « qu’il ait fallu si longtemps à l’Église pour condamner avec force l’esclavage et les diverses formes de violence. » 

Gerbe de fleurs lancée par le pape François à Lampedusa en hommage aux migrants disparus en mer

 Il reprend à son compte la devise de la République française, oubliant qu’elle fut générée dans un contexte fortement anticlérical. Il souligne la force de la fraternité, une valeur trop souvent oubliée au profit de la liberté et de l’égalité : « La fraternité a quelque chose de positif à offrir à la liberté et à l’égalité. Que se passe-t-il sans une fraternité cultivée consciemment, sans une volonté politique de fraternité, traduite en éducation à la fraternité, au dialogue, à la découverte de la réciprocité et de l’enrichissement mutuel comme valeur ? Ce qui se passe, c’est que la liberté s’affaiblit, devenant ainsi davantage une condition de solitude, de pure indépendance pour appartenir à quelqu’un ou à quelque chose, ou simplement pour posséder et jouir. »

 Les pages consacrées à l’importance et à la beauté du dialogue m’ont touché. « S’asseoir pour écouter une autre personne, geste caractéristique d’une rencontre humaine, est un paradigme d’une attitude réceptive de la part de celui qui surmonte le narcissisme et reçoit l’autre, lui accorde de l’attention, l’accueille dans son propre cercle. »