Gestuelle de la campagne présidentielle

Dans The Guardian du 8 avril, Lizzy Davies déchiffre la gestuelle des candidats à l’élection présidentielle française.

 S’appuyant sur les réflexions d’un expert dans le langage corporel des politiciens français, Stephen Bunard, Lizzy Davies évoque le fossé entre ce que l’on montre et ce qui est dit pendant la campagne électorale française. Le langage corporel peut exprimer des non-dits.

 Du côté de Nicolas Sarkozy, ce qui frappe ce sont les gestes dominateurs : le sourcil droit froncé, l’index pointé et surtout le haussement d’épaule, qui signifie selon Stephen Bunard, la volonté de réussir. Mais le candidat exprime aussi des faiblesses, dénotées par le grattage du nez. Et ses gestes figuratifs sont ceux de quelqu’un qui cherche à convaincre les autres de quelque chose qui n’est pas tout à fait vrai.

 François Hollande singe, selon Bunard, le François Mitterrand de 1981 et 1988 : le doigt pointé, les mains jointes, le buste incliné sur le pupitre, le salut des deux mains, le mouvement des poings serrés… Il souligne la prédominance de la main droite aux dépens de la main gauche, celle de la spontanéité. Le candidat socialiste est quelqu’un qui se contrôle.

 Marine Le Pen joue le jeu de la séduction, présentant une image pas si lointaine de la Princesse Diana. Elle expose le profil gauche de son visage plus que le droit, elle lève les yeux au ciel. Elle lève fréquemment les bras, une indication de l’implication de la personne dans ce qu’elle dit.

 Jean-Luc Mélanchon lève, lui aussi, les bras, un peu trop selon Bunard, car lorsque le mouvement des mains dépasse les épaules, cela peut dénoter une tendance autocratique. Mais c’est la bouche de Mélanchon qui intéresse le plus le spécialiste de la gestuelle : la lèvre supérieure droite tend à se relever – ce qu’on appelle lèvre de chien – un signe de mépris, alors que sur la gauche la bouche peut se pencher, un signe d’amertume.

 Enfin, François Bayrou fait un usage plus modeste de ses mains, ce qui indique aussi la sincérité. Mais ce qui frappe le plus l’analyste est le fait qu’il ne cligne pratiquement pas des yeux, seulement deux fois dans une vidéo de deux minutes et demie, ce qui dénote un état d’hyper-contrôle, que l’on pourrait peut-être attribuer à son bégaiement dans l’enfance.

 Les analyses de Stephen Bunard portent une lumière intéressante sur la campagne présidentielle. Je ne suis pas tout à fait certain de leur caractère impartial et scientifique. Le haussement d’épaule de Sarkozy marque-t-il vraiment une volonté de réussir, ou bien est-il une forme de dérision ? Hollande « singe-t-il » Mitterrand ? Du moins le mot (« to ape ») semble particulièrement péjoratif et partisan.

 Photos du Nouvel Observateur.