Hier est un autre jour

On rit beaucoup à la pièce « hier est un autre jour », de Sylvain Meyniac et Jean-François Cros, mise en scène au théâtre des Salinières de Bordeaux par Julien Boissier Descombes. Elle se joue à Bordeaux jusqu’au 31 janvier, puis en Aquitaine en février.

 Pierre est membre d’un cabinet d’avocats dirigé par un patron aussi stylé que truand, amoureux des femmes à tel point que c’est la valse des secrétaires. Son collègue est le gendre du patron, un jeune homme aussi stupide qu’infatué de sa personne.

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Il va aujourd’hui plaider dans un procès important dont dépendra sa possible promotion. Ce qu’il ne sait pas, c’est que son patron lui a savonné la planche en falsifiant le dossier. L’objectif de ce dernier : se débarrasser de Pierre, que son attachement fétichiste aux objets et au code civil rendent proprement insupportable.

 L’arrivée d’une nouvelle secrétaire déstabilise Pierre : il s’agit en effet de son ex-épouse. Pourquoi est-elle là, que cherche-t-elle ?

 Et puis il y a une jeune femme soudain devenue veuve de son mari, qui entend pouvoir disposer à l’instant de son héritage.

 Et puis il y a un étrange bonhomme, qui converse avec Pierre mais que les autres ne voient pas, comme s’il était transparent et muet, comme s’il était un fantôme, comme si ce fantôme avait un lien avec la veuve joyeuse…

 Enfin, le temps semble se détraquer. La même scène se répète, ce sont les mêmes papiers qu’on lui donne à signer, le même cigare qu’on sollicite, le même bonjour que l’on clame à la cantonade, le même pied que l’on se prend dans le tapis. La journée se déroule de manière catastrophique, mais puisqu’il semble que le temps puisse se remonter, serait-il possible de la réinventer. Hier pourrait-il être un autre jour, tout à imaginer ?

 On rit beaucoup à cette pièce qui joue avec brio sur les mécanismes du rire, ceux de l’absurde, de la répétition, de l’exacerbation des caractères. J’ai particulièrement aimé les scènes où Pierre, si soucieux de l’ordre et du détail, sent le sol se dérober sur ses pieds lorsqu’il perd le contrôle du temps. La folie de Pierre est évoquée ici sur le mode comique. Mais on peut penser au livre « aujourd’hui pour toujours » de Dora Wearing. Elle y évoque le drame de son époux, totalement privé de la fonction mémorielle. L’absence de repère dans le temps le conduit, lui aussi, au bord de la folie.

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