Hugues Aufray, les souvenirs du temps passé

Nous avons eu l’occasion d’assister à Bordeaux au concert d’Hugues Aufray dans le cadre de sa tournée « visiteur d’un soir ».

 « J’ai mis 85 ans à arriver jusqu’à vous », plaisante le chanteur. Son concert au Casino de Bordeaux se joue à guichets fermés. La plupart des spectateurs sont, comme moi, des « séniors ». La personne d’Hugues Aufray et ses chansons les ont accompagnés au long de dizaines d’années.

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J’avais quinze ans en 1964 lorsqu’il chantait « dès que le printemps revient », « à bientôt nous deux », « le cœur gros » et « n’y pense plus, tout est bien ». L’année suivante, je me passais en boucle ses adaptations de Bob Dylan : « la fille du nord », « le jour où le bateau viendra », « dans le souffle du vent », « Dieu est à nos côtés » et surtout « les temps changent », annonciateur des révoltes étudiantes.

 Hugues Aufray émouvait l’adolescent que j’étais par sa voix profonde et virile, par l’appel des Andes et du Middle West, par le pur-sang et le petit âne gris, par les beaux yeux de Céline, par le crissement des guitares et le miaulement de l’harmonica.

 « Quand il y a un feu de camp, il y a Hugues Aufray », disait Coluche. Pour moi, ce furent les feux de camp de la colonie de jeunes aveugles dont j’étais l’un des moniteurs, la guitare de François Marc, les soirées d’étudiants. Et puis Santiano, le rossignol anglais, l’épervier, le joueur de pipo, debout les gars…

 Le rendez-vous du chanteur avec son public vieillissant était chargé de nostalgie. Lui-même raconte son enfance, avant et après la seconde guerre mondiale, sa passion pour l’Espagne, ses années de bohême dans les cabarets du quartier latin. Et chacune de ses chansons ravive en chaque spectateur des souvenirs très personnels, liés à des épisodes de sa propre vie.

 Il y a un paradoxe dans le fait de renouer, quarante ans après, avec un chanteur si intimement associé avec l’adolescence, lorsque l’avenir semblait ouvert pour l’éternité. Mais telle est la vie : l’adolescent d’hier est devenu un homme certes âgé mais dont les rêves ne sont pas éteints. La visite d’un soir que propose Hugues Aufray vaut la peine, ne serait-ce que par cette méditation sur le temps qui passe.