Illusion d’optique

Un sondage en ligne du monde.fr dénote une illusion d’optique chez beaucoup de Français, qui accordent à la politique nationale une importance démesurée.

 La question posée par l’édition électronique du Monde pour ses abonnés était ainsi formulée ; « pour vous, si la France perd son triple A, ce sera avant tout le résultat d’une crise qui dépasse et touche tous les pays d’Europe depuis 2008, ou bien de la politique économique menée par le gouvernement depuis 2007 ? » Les lecteurs du Monde répondent massivement que la responsabilité est celle du gouvernement français (59%) ; seulement 32% pensent que c’est la conséquence de la crise de l’Euro.

 Il est certain que la politique du « travailler plus pour gagner plus » est vite apparue pour ce qu’elle est : un gadget idéologique qui s’est retourné contre son auteur, qualifié de « président des riches ». De là à lui attribuer la responsabilité d’une crise qui a ses racines dans la politique de crédit immobilier facile aux Etats-Unis, l’accumulation d’excédents commerciaux et de réserves financières par la Chine et la faiblesse de la construction européenne, il y  un gouffre.

 J’avais été stupéfait de la réaction d’une lectrice de « transhumances » sur l’occupation de la City de Londres par les anticapitalistes : « espérons qu’en 2012 tout ça s’arrête. » Il y avait là, de manière exacerbée, l’idée que le sarkozysme est l’origine de tout mal et que l’élection présidentielle de l’an prochain peut remettre le monde d’aplomb. L’excès d’attentes à l’égard de cette élection est lourd de déceptions futures.

 Le dessin de Steve Bell dans The Guardian du 6 décembre vient corriger notre illusion d’optique. Nicolas Sarkozy semble un tout petit joujou dans les mains d’Angela Merkel. Pour faire bonne mesure, David Cameron, sous la forme habituelle du préservatif, est purement réduit à l’état d’accessoire !

 Illustration : l’accord Merkel – Sarkozy selon Steve Bell, The Guardian, 6 décembre 2011