Impressions de Tunisie

Je propose ici quelques impressions glanées pendant un séjour d’une dizaine de jours à La Soukra, dans la banlieue de Tunis.

 Il serait prétentieux d’affirmer connaître un pays après seulement quelques jours d’apprivoisement. L’expérience m’a pourtant appris l’intérêt des premières impressions, avant que la complexité rende peu à peu le pays inintelligible. Je me risque donc à livrer quelques premières impressions de Tunis et de la Tunisie du nord.

Dans un taxi à Tunis

Dans un taxi à Tunis

Le soleil se couche tôt à Tunis, vers 19h en juin. Pour éviter des soirées de Ramadan interminables, le gouvernement n’applique pas l’heure d’été. De mars à septembre, le pays se trouve donc sur le fuseau horaire de Londres et Lisbonne, alors que la ville est proche de la longitude de Berlin et Milan.

 On est frappé par le nombre de taxis qui circulent. Prendre le taxi sur les 15km entre La Soukra et le centre de Tunis coût environ 5 dinars, soit 2,50 euros, ce qui explique pourquoi les gens l’empruntent facilement. En général, le coût de la vie est très inférieur à ce qu’il est en Europe. On déjeune correctement dans un restaurant simple pour moins de 10€. En contrepartie, le salaire moyen mensuel est de l’ordre de 360€.

 Une partie des Tunisiens vit très confortablement, alors que la majorité galère pour survivre. Un village touristique comme Sidi Bou Saïd est pimpant, mais le chemin qui descend à la plage tient par endroits de l’égout à toit ouvert. Dans les cafés de seconde zone, la sonorisation crachote de la mauvaise musique ; au Centre des musiques arabes et méditerranéennes, des concerts d’une qualité exceptionnelle attirent une centaine de spectateurs.

Sidi Bou Saïd

Sidi Bou Saïd

 Les Tunisiens semblent pris d’une frénésie de constructions. On bâtit partout, en périphérie des villes, au bord de la mer, dans la campagne. La technique consistant à bâtir une structure de béton et de la laisser vide pendant des mois ou des années jusqu’à ce qu’un financement permette de continuer les travaux, accentue l’impression d’immense chantier.

La conscience de l’environnement n’est pas encore généralisée. Partout, des détritus jonchent l’espace public et des constructions se font sans autorisation ni, a fortiori, plan d’évacuation des eaux usées. Mais une minorité prend à cœur la cause de l’environnement. Mohamed et Hélène, les propriétaires et animateurs de notre maison d’hôtes à La Soukra, Dar el Yasmine, militent pour un tourisme non intrusif, proche des gens, fondé sur de petites structures intégrées dans leur milieu.

 Le statut des femmes est loin d’être unifié. Certaines vivent à l’européenne, alors que d’autres sont voilées de noir de pied en cap, y compris le visage. A la plage, il n’est pas rare de voir un groupe de jeunes filles se baigner ensemble, certaines en bikini, d’autres en robe et voilées.

 Des centres commerciaux se sont créés en périphérie des villes, et Carrefour a aussi développé des petits supermarchés de proximité. Mais le petit commerce reste vivant. Dans la médina de Tunis, ce sont des kilomètres de ruelles étroites qui sont bordées de boutiques minuscules. Les étals pour touristes y ont une petite part, mais la majorité des acheteurs sont des Tunisiens qui voient dans la concurrence des boutiquiers et la technique du marchandage la possibilité d’accéder à des petits prix.

 Les fouilles archéologiques et l’architecture des villes d’aujourd’hui témoignent de l’intensité du brassage ethnique et culturel qui a abouti à la Tunisie d’aujourd’hui : Berbères, Phéniciens, Romains, Byzantins, Arabes, Andalous, Turcs, Français, Italiens, Maltais s’y sont succédés et dans certains cas y ont cohabité. L’ouverture à d’autres cultures est un bien précieux des Tunisiens, qui ne redoutent rien tant que de sombrer un jour dans l’intolérance.

Ruines romaines à Carthage

Ruines romaines à Carthage